Dans le monde sans en être

Edito : 2014, année de la quenelle ?

Quenelle_de_brochet_sauce_NantuaC’est l’histoire d’un geste ambiguë. Et d’un humoriste autrefois adulé par tout le gratin du showbiz. Jusqu’à son coming-out antisioniste. Pour amuser la galerie, il dessine une graduation le long de sa manche afin de mesurer, de l’autre main, la fourberie des pouvoirs en place (explication polie du geste suggéré). La « quenelle » est largement reprise par des fans qui expriment avec elle leur rejet du “système”, autant qu’un rejet du sionisme. Certains observateurs y voient un salut nazi refoulé. La mayonnaise prend et la presse en fait ses choux gras. L’humoriste se régale et en fait son business : il dépose “Quenelle” à l’INPI, il les multiplie et invite son public à l’imiter. La quenelle sauce financière, c’est le marketing viral façon Dieudonné.

Les semaines passent. Les quenelles se multiplient, prenant une sombre orientation : elles se produisent devant des synagogues, l’école juive où Mérah tua des enfants, au mémorial de la Shoah… De son côté, l’humoriste profite de l’emballement médiatique autour de sa personne pour continuer son œuvre provocatrice. Jusqu’à se faire idéologue et sombrer dans l’antisémitisme primaire.

Face à ce triste phénomène, qu’observe-t-on ? Une posture médiatique.

Alors que les questions difficiles de l’antisémitisme, du négationnisme sont en jeu, le gouvernement agite des bras, lance des incantations et menace de faire un martyr politique. Le meilleur moyen d’accentuer le phénomène… Et ça marche : les quenelles se multiplient.

Le mépris silencieux est l’arme la plus efficace contre l’agent provocateur… et si cela ne suffit pas, alors c’est aux tribunaux de jouer. Mais pas à l’affolement politico-médiatique que nous offre le gouvernement.

A force de crier au loup, on perd en crédibilité. Et puis, à trop prendre le peuple pour un imbécile, à force de lui dicter ce qu’il convient de penser plutôt que de l’aider à forger sa propre opinion, pas étonnant qu’il finisse par le devenir. Nos politiques vont devoir affronter ce qu’ils ont eux-mêmes contribué à créer. C’est-à-dire la radicalisation d’une frange de la population qui, jusqu’à aujourd’hui, n’aurait jamais imaginé se retrouver dans le camp de la haine.

Joseph Gynt et Charles Vaugirard

Addendum : la véritable recette de la quenelle sauce financière. Ce plat lyonnais, se prononçant “qu’nelle”, n’a rien à voir avec le geste indigeste de Dieudonné.

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