Dans le monde sans en être

Notre Seigneur Jésus-Christ, pionnier des anarchistes

Alpha et Omega

Alpha et Omega anarchismeQuand on pense anarchisme, on pense punk à chien. On pense désordre et violence, on pense immoralité et rejet de Dieu. C’est tout le contraire. Il n’y a rien de plus spirituel que l’anarchisme, et ceci pour la bonne et simple raison que son initiateur n’est autre que le Christ lui-même. Alors bien sûr, il y a des limites. Jésus n’a jamais appelé à une guerre, en tout cas physique, contre l’Etat ni à une auto-gérance absolue. Et pourtant les Evangiles sont pleins de cette idée.

Explications. L’anarchisme expliqué par un Proudhon, un Kropotkine, un Maurras ou un Tolstoï n’est autre qu’un mépris de l’esprit de l’Etat au profit d’un état d’esprit tout autre. Il consiste en une révolution personnelle et spirituelle doublée d’une solidarité rendue nécessaire par l’absence d’Etat. Un retour aux plus petites divisions de la société, en somme. Comme nous l’explique la Doctrine sociale de l’Eglise à travers le principe de subsidiarité. Une société vertueuse donne toute sa place aux petites cellules que sont la famille, la commune, l’environnement proche de chaque individu. Un retour au local, une recherche d’enracinement en réponse à la notion lointaine d’Etat centralisateur et inhumain. L’anarchisme est donc empli de spiritualité dans la mesure où il n’est envisageable qu’après une prise de conscience intime de chacun de la nécessité d’un renouveau intérieur. C’est parce qu’elle ne peut pas fonctionner sans solidarité ni interrogation intérieure que l’anarchisme ne correspond aucunement à l’idée de désordre qui nous apparaît au premier abord. N’en déplaise aux jeunes que vous pourrez croiser dans les rues, arborant de façon provoquante leurs pin’s frappés du logo anarchiste et scandant « Ni Dieu ni maître », l’anarchie répond à un besoin spirituel présent chez chaque homme. Alors oui, un anarchiste comme Proudhon semble éloigné de l’Eglise et de son message, mais il n’empêche que toute sa vie sera tendue vers Dieu, ce qui fera dire aux auteurs de « L’Anarchisme chrétien », Jacques de Guillebon et Falk Van Gaver, que Proudhon n’est autre que « le Samaritain, l’hérétique qui dévoile au croyant orthodoxe la vérité qu’il ne voulait admettre ». C’est une dure remise en cause pour le chrétien confortablement installé dans sa paroisse convenablement chauffée, mais c’est aussi et surtout un rappel pur et simple des Ecritures Saintes et des propres paroles du Christ.

Les propres paroles du Christ ? Est-ce qu’il ne disait pas plutôt « Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu » ? Absolument, sauf qu’il faut bien se demander ce qui appartient à César ? Rien qui ne vienne de Dieu, car le Christ a aussi dit à Ponce Pilate « Tu n’aurais aucun pouvoir contre moi, s’il ne t’était donné d’en haut » (Jean 19 : 11).  Ce qui appartient à César, ce n’est rien d’autre que ce que Dieu a bien voulu lui donner. Alors, quand l’Etat-César rejette toute idée de Dieu, nous n’avons plus rien à lui rendre que son mépris. Il ne s’agit pas de nourrir un certain ressentiment envers nos gouvernants, mais bien de continuer de considérer leur pouvoir comme subordonné aux lois divines (cf. saint Paul et saint Thomas d’Aquin). L’idée, comme l’explique la Boétie, est moins de vouloir ôter quoi que ce soit à l’Etat que ne rien lui donner.

C’est donc ça, l’anarchisme : un retour au local, aux valeurs familiales et à la solidarité de proximité, en même temps qu’un mépris souverain pour l’Etat qui ne tire sa légitimité de nulle part, puisqu’il refuse Dieu, qu’il se considère comme seul garant de notre Bonheur. Rien à voir avec cette idée de désordre que d’aucuns entrevoient et même envisagent. Rien à voir non plus avec une haine de tout ce qui représente l’Etat. En fait, il n’y a de véritablement anarchistes que les catholiques, parce que l’Eglise ne juge les régimes que sur leur rapport aux lois divines, qu’elle prône un principe de subsidiarité qui s’oppose à l’idée d’un Etat chargé de tout, même du Bonheur. Et aussi parce que c’est l’enseignement du Christ que de se soucier plus de la brebis égarée que de grands principes qui n’apportent rien au Salut.

Heront

7 réponses à “Notre Seigneur Jésus-Christ, pionnier des anarchistes”

  1. FPitois

    Un bon article, qui rappelle l’inclassabilité de la doctrine chrétienne sur les échiquiers politiques classiques, et surtout la responsabilité personnelle de chacun, qui ne peut se fondre entièrement dans une responsabilité collective.

    Une remarque néanmoins :
    Accuser l’Etat de rejeter Dieu est facile… Mais c’est précisément Dieu lui-même qui distingue César de Dieu. “Pire” même : il lui donne du crédit, le met sur un pied d’égalité.

    La tentation de l’Etat-Dieu, de l’Etat contrôlant les choses de la religion a déjà abouti : la République à Genève sous Calvin… Pas vraiment une réussite!

    Pour autant, faut-il supprimer l’Etat ? Non, puisque Dieu prend la peine de nous rappeler qu’il faut rendre à César ce qui lui appartient.

    “Mépris souverain de l’Etat qui ne tire sa légitimité de nulle part”
    L’Etat, illégitime ? Alors même que Dieu l’a érigé comme institution à laquelle il faut rendre des comptes ? C’est pourtant là la meilleur des légitimations! L’Homme doit égale obéissance à Dieu pour les choses de Dieu qu’à César pour les choses de ce monde.
    Et si cela ne suffit pas, comment attribuer de la légitimité à quoi que ce soit ?
    Si l’on part du principe que l’Homme est légitime à se gouverner, il l’est aussi à choisir le type et l’échelle de gouvernement qui lui sied.
    Si l’on part du principe que l’Homme n’est pas légitime, que tout vient de Dieu (et que l’on ignore le paragraphe précédent), alors on peut oublier le principe fondamental de la chrétienté qu’est la liberté…

    On peut débattre longtemps des goûts vestimentaires de César, mais contester César me semble des plus audacieux…

  2. Benoit
    Sur la question de la suppression de l’État :

    C’est ce point précis qui fait que Péguy, par exemple, ne s’est jamais dit anarchiste. Il retenait de l’anarchisme la primauté de la révolution morale (individuelle) sur la révolution collective (sans toute fois renoncer à cette dernière), il retenait la primauté du locale et l’importance de la subsidiarité ; mais il refusait le refus de l’État.
    L’État péguiste cpdt était un État “qui administre le bien” et non un État “qui gouverne les personnes”. Cette dernière formule montre bien la proximité et la distance de Péguy avec l’anarchisme.

  3. Jclems

    Absolument en désaccord. Sans vouloir offenser quiconque et en me sentant proche des idées du Christ. Et ne me reconnaissant pas dans la citation ni dieu ni maître au sens vulgarisée du terme. Je ne pense pas détenir la vérité sur l’anarchie et c’est bien ce qui me distingue de vous.

    L’anarchie n’est ni rationalisme, ni croyance. ni dogme ni idéologie.

    La citation du ni dieu ni maître n’implique pas l’athéisme , n’implique pas non plus l’anti-étatisme. Elle renvoie à l’utilisation de la pensée non pas comme outil mais comme lien entre le spirituel (l’humanisme) et le matérialisme. En soit elle renvoie au libre arbitre (défendue pas le christ) et au règne de la conscience (seule réelle définition de l’anarchie) .

    L’anarchie, c’est l’individualisme pérennisée par l’altruisme et l’éthique.

  4. Denis Blanc

    J’aime bien cet article, qui est dans la veine du bouquin “L’Anarchisme Chrétien”, d’ailleurs cité. Cependant : Maurras dans la bande à Proudhon Tolstoï etc…? Je sais bien qu’il y a la doctrine sociale de l’Église (“L’Église, temple de la définition des valeurs”), la subsidiarité et toussa… la décentralisation, “la France hérissée de libertés”…et le “Cercle Proudhon”… mais c’est un peu capillotracté. Quant au “mépris de l’état”, et certains commentaires le disent ici, à mon sens un contresens. Au rebours, le désir d’État dignement régalien, incarné et non plus monstre froid obèse big brotherien impuissant… L’autorité en haut, les libertés en bas!

  5. celeste

    Quand est-ce que Dieu dans la Bible a-t-il érigé l’Etat ou César en autorité sur l’homme ? Jamais à mon sens, pour qui sait comprendre la Parole. C’est d’ailleurs pourquoi dans les Ecritures, Jésus-Christ n’a jamais cherché à servir César ou n’a jamais fait allégeance à une quelconque autre autorité que celle de Dieu.
    Son Royaume n’est pas de ce monde : idem pour le chrétien, car on ne peut servir deux maitres à la fois.

  6. pepscafe

    Bonjour !

    Vaste sujet !

    Concernant les autorités, il me semble que la Parole met l’accent sur la soumission. Nous connaissons Romains 13v1-7, qui exhorte également à “rendre à chacun ce qui lui revient” :
    “Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu. C’est pourquoi celui qui s’oppose à l’autorité résiste à l’ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes. Ce n’est pas pour une bonne action, c’est pour une mauvaise, que les magistrats sont à redouter. Veux-tu ne pas craindre l’autorité? Fais-le bien, et tu auras son approbation. Le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien. Mais si tu fais le mal, crains; car ce n’est pas en vain qu’il porte l’épée, étant serviteur de Dieu pour exercer la vengeance et punir celui qui fait le mal. Il est donc nécessaire d’être soumis, non seulement par crainte de la punition, mais encore par motif de conscience. C’est aussi pour cela que vous payez les impôts. Car les magistrats sont des ministres de Dieu entièrement appliqués à cette fonction. Rendez à tous ce qui leur est dû: l’impôt à qui vous devez l’impôt, le tribut à qui vous devez le tribut, la crainte à qui vous devez la crainte, l’honneur à qui vous devez l’honneur”.
    Voir aussi Proverbes 8v14-16 : “Le conseil et le succès m’appartiennent”, dit la Sagesse. “Je suis l’intelligence, la force est à moi. Par moi les rois règnent, Et les princes ordonnent ce qui est juste; 16Par moi gouvernent les chefs, Les grands, tous les juges de la terre.…” ; Paul recommande à Tite de rappeler “d’être soumis aux magistrats et aux autorités, d’obéir, d’être prêts à toute bonne oeuvre…”(Tite 3v1) ; l’apôtre Pierre exhorte d’être “soumis, à cause du Seigneur, à toute autorité établie parmi les hommes, soit au roi comme souverain, soit aux gouverneurs comme envoyés par lui pour punir les malfaiteurs et pour approuver les gens de bien. Car c’est la volonté de Dieu qu’en pratiquant le bien vous réduisiez au silence les hommes ignorants et insensés, tant libres, sans faire de la liberté un voile qui couvre la méchanceté, mais agissant comme des serviteurs de Dieu. Honorez tout le monde; aimez les frères; craignez Dieu; honorez le roi.”(1 Pie.2v13-17) ; et Paul “exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté”(1 Tim.2v1-2).

    Enfin, Christ a effectivement précisé que son royaume “n’était pas de ce monde”, mais il a tout de même payé l’impôt aux autorités…pour ne pas les scandaliser ! (Matt.17v27) 😉
    D’autant plus que sa réponse “rendez à César…” concernait une question insidieuse sur l’impôt ! (Matthieu 22.17-21)

    En Christ,
    Pep’s

    Sinon, “dans quel camp” est le Christ ?
    “Ni pour, ni contre, bien au contraire !” (

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