Dans le monde sans en être

Najat Vallaud-Belkacem fait (enfin) son job de Ministre des Droits des Femmes

Najat Vallaud-Belkacem - Ministre des droits des femmes

Hier à l’Assemblée Nationale a été adoptée en première lecture une  proposition de loi visant à abolir le recours à la gestation pour autrui. Et je voudrais saluer ici le remarquable argumentaire de Madame Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des Droits des Femmes.

Najat Vallaud-Belkacem - Ministre des droits des femmesDans un vibrant discours prononcé devant la représentation nationale, elle a dressé un remarquable plaidoyer en faveur des femmes et plus généralement de toutes les victimes de la traite des êtres humains et des désirs effrénés des Hommes —au sens large.

Pourquoi payer le corps d’une femme ? J’entends les arguments qui s’expriment depuis plusieurs jours de la façon la plus décomplexée. C’est d’ailleurs, ce débat, un moment de révélation pour notre société.

Révélateur en effet, à l’heure où l’enfant devient un objet de droit et cesse de  pouvoir prétendre a priori à être élevé avec son père et sa mère.

Pourquoi admettre que l’on paie le corps d’une femme ? Combien de fois ai-je entendu parler des ‘ besoins irrépressibles’ des hommes. ‘Besoins irrépressibles ‘ cette expression est terrible, insupportable, scandaleuse. Elle revient comme l’ultime justification de la demande de certains hommes d’une perpétuation du droit de cuissage. Il ne s’agit de rien d’autre. Comment y répondre autrement qu’avec des mots simples ? Nous ne sommes pas des bêtes. Nous valons mieux que l’état de nature. Nous devons faire confiance à l’humanité qui est en tout homme et en toute femme.

Non, nous ne sommes pas des bêtes ! L’humanité est en tout homme et en toute femme, de son entrée dans la vie à sa mort terrestre. Nul ne peut disposer du corps d’autrui. Quelle justesse de ton ! le ministre oppose ici un refus clair et net à tous ceux qui veulent louer le ventre des femmes.

Pourquoi admettre que l’on paie le corps d’une femme ? Parce que le client est parfois en souffrance, souffrance sexuelle, sentimentale, affective. Je ne le nie pas que cela existe. Je constate chaque jour la grande détresse dans laquelle sont certains de nos concitoyens.

Certes, les désirs d’enfants peuvent être impérieux, Najat Vallaud-Belkacem le reconnaît et nous-même avec elle.

Mais la détresse de l’un ne se soigne pas par l’exploitation de la détresse de l’autre. Elle n’est jamais une justification… Depuis quand notre pays admettrait-il que la liberté aille au-delà de ce qui ne nuit pas à autrui ? Depuis quand privilégierions une souffrance par rapport à une autre ? Depuis quand le corps humain devrait-il être assimilé à un médicament ? Depuis quand se soignerait on aux dépens d’une autre personne ?

Il n’y a rien à ajouter ni rien à expliquer ici, le Ministre des Droits des Femmes vient d’inscrire son nom dans le livre des orateurs opposés à la gestation pour autrui : nul ne peut soigner son désir d’enfant par l’exploitation du corps d’une femme.

Au fond, le cœur de ma conviction est là : on ne peut vendre son corps à un autre, pour le soin d’un autre, sans en être soi-même affectée. La dissociation entre le corps et la personne est une chimère. Quand elle se répète, elle crée un sentiment d’irréalité, d’étrangeté à soi-même, d’indifférence et d’insensibilité. […] « De nos maladies, la plus sauvage est de mépriser notre être » disait Montaigne. Notre loi ne doit jamais dissocier les droits sur le corps et les droits de la personne.

Quelle femme ne serait pas affectée de perdre l’enfant qu’elle a porté pendant 9 mois ? Quelle femme pourrait abandonner le fruit de ses entrailles, l’enfant dont elle a senti battre le coeur contre le sien pour ne plus le voir jamais ? Aucune sinon celle qui poussée par la nécessité et la misère consentirait à vendre son corps pour pouvoir le nourrir. Et quel enfant voyant le ventre de sa mère s’arrondir jour après jour pourrait voir vendre son frère sans en souffrir ? Y songent-ils, ceux qui réclament un enfant à tout prix ?

Pourquoi payer le corps d’une femme ? Parce qu’elles y consentiraient… Voici l’argument le plus récurrent, le plus facile, le plus choquant, le plus paresseux, le plus inopérant qui puisse être avancé.

Je n’ai rien à dire de plus sinon MERCI.

Merci Madame Vallaud-Belkacem de revenir sur vos propos du 16 décembre 2012

La GPA peut être régulée pour ne relever que de l’éthique du don. De nombreux exemples étrangers en attestent, par exemple le Royaume Uni. C’est pour ces raisons que nous avons proposé, avec Bertrand Monthubert, la légalisation de la GPA dans un récent rapport interne au PS sur la révision des lois bioéthiques.

Merci de vouloir protéger les femmes de ceux qui veulent les exploiter. Merci.

@Diradefo

NdlR : Vous pouvez trouver ce discours dans son contexte du débat sur la pénalisation du client de la prostitution ici.

7 réponses à “Najat Vallaud-Belkacem fait (enfin) son job de Ministre des Droits des Femmes”

  1. Peggy

    Mme Belkacem a une vision totalement sexiste de la prostitution, avec d’un côté la prostituée, femme exploitée, et de l’autre le client, homme baveux et libidineux.

  2. Dan

    Si vous me permettez de défendre un peu la ministre, elle axe son discours sur le fait de “payer” le corps des femmes et ses propos sur la GPA soulignent qu’il doit s’agir d’un don… J’espère qu’il y aura un débat sur la GPA en temps et en heure, et il qu’il sera intelligemment mené, mais je ne vois pas de contradiction entre ce beau discours sur le respect du corps des femmes et la petite phrase de décembre 2012.

  3. rouroulou

    Pour répondre à Dan: je connais peu de personnes prêtes à réellement faire don de l’enfant porté. ces quelques personnes seront insuffisantes pour répondre au besoin exprimé par de nombreux couples. Il faudra donc, et c’est inéluctable si la GPA est autorisée, avoir recours à des mères porteuses rémunérées, que l’on parle d’indemnisation ou de salaire le problème reste entier. Et c’est là que ce texte prend tout son sens: de quel droit pourrait on exploiter l’utérus d’une femme et non son vagin? Le raisonnement exposé par Mme Belkacem ne vaut il que poru certaines parties du corps et non pour d’autres?

  4. Iris

    Ce texte est bien ficelé et il met en évidence un parallèle intéressant. Cependant je rejoins le commentaire de Dan. Lorsque le débat sur la GPA aura lieu, il faudra trouver d’autres arguments, car ce que défend Najat Vallaud-Belkacem, c’est réellement une GPA non-rémunérée, qui serait effectuée par pur altruisme. Comme pour le personnage de Pheobe dans “Friends”, par exemple. Donc il faut déjà réfléchir aux arguments que nous avancerions si l’on nous assurait que la GPA serait totalement gratuite. Lorsque Mme Vallaud-Belkacem fera cette proposition, le parallèle avec sa prise de position sur la prostitution ne sera pas suffisant.

    Pour ceux qui veulent déjà se préparer à y réfléchir, voilà la façon dont elle envisage la GPA : http://www.najat-vallaud-belkacem.com/2010/11/21/gestation-pour-autrui-lethique-du-don/

  5. Thierry

    Certes, ce n’est pas un rejet absolu de la GPA, mais ce discours comporte des éléments pouvant être utilisés pour souligner les incohérences, le jour où Najat Vallaud-Belkacem viendra défendre la PMA, et ensuite la GPA. Par exemple “La dissociation entre le corps et la personne est une chimère”…

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