Dans le monde sans en être

L’élan vital de la France

coq patrioteLa France s’interroge : « qui suis-je ? » Cette question est éminemment passionnelle. Cela signifie que la France est un enjeu pour la France. C’est une bonne chose car cela traduit, à mon avis, un élan vital : la France veut vivre, mais pas n’importe comment, elle veut vivre comme France. D’où vient ce questionnement aigu de notre pays sur son identité ? J’avance quelques pistes.

Premièrement, l’unité française est très ancienne, comparée à des nations voisines d’unité plus récente comme l’Allemagne, l’Espagne ou encore l’Italie. Ce bien précieux de l’unité française fait craindre les phénomènes de morcellement communautaire.

Deuxièmement, la France est une ex-première puissance mondiale, elle l’était à la veille de la Révolution. Dans son livre Mélancolie française, Éric Zemmour exprime le regret d’une France-Empire, d’une France-Puissance.

Troisièmement, la France déploie, par sa langue et sa culture, un rayonnement universel. C’est une nation de pensée et de culture. Pas la seule, loin de là, mais l’une des plus prestigieuses. C’est une référence. Je crois que nous trouvons là l’une des clés de cette nostalgie française exprimée par Alain Finkielkraut dans L’identité malheureuse.

Qu’est-ce qui pousse Zemmour et Finkielkraut à déclarer leur flamme pour la France, à exprimer leur mélancolie, leur nostalgie ? Zemmour est un juif d’origine berbère, Finkielkraut un fils d’immigré juif polonais. Je pourrais citer aussi Camel Bechikh – même s’il est moins médiatique -, fondateur des Fils de France, association de musulmans français patriotes.

Ces trois Français ont en commun de ne pas être issus d’une famille d’ancienne souche française, ils ont en commun de ne pas confesser la religion historique et majoritaire de la France. Ils ont en commun un amour de la France qui ne repose pas sur l’ethnie, la tribu, le clan.

Au contraire, ces trois Français témoignent de l’extraordinaire capacité d’acculturation, d’assimilation, qu’offre la France – capacité fondée sur l’universalité française. La France ne pense pas simplement pour elle-même, elle pense à l’échelle du monde. Plus la culture est française, plus elle s’ouvre vers l’universel. Cet universel n’est pas syncrétisme culturel. Au contraire, il est ce que la culture française dit au monde, il est l’apport spécifique de la culture française à l’universel.

Ces trois français témoignent que la France est aimable, qu’on a toutes les bonnes raisons d’en tomber amoureux. Ils témoignent de ce qu’ils ont reçu, qu’ils aiment, veulent faire vivre et transmettre. « Chez Péguy, nous dit Finkielkraut, l’identité n’est pas un attribut ou une propriété, mais un attachement et une obligation : veiller sur le trésor qui nous a été remis ».

Et Finkielkraut de se référer volontiers à Simone Weil, philosophe de l’enracinement, pour manifester ce patriotisme amoureux, ce « sentiment de tendresse poignante pour une chose belle, précieuse, fragile et périssable ».

Cette tendre poésie du sentiment français est-elle vaine nostalgie ? Comme un deuil qui refuserait absolument de se faire ? Je ne le crois pas, parce que cette « chose belle, précieuse, fragile et périssable » n’est pas morte et ne demande qu’à vivre. Et l’élan vital, par excellence, c’est l’amour.

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du vendredi 13 décembre 2013

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