Dans le monde sans en être

Lectio “Tota Pulchra Es”, fête de l’Immaculée Conception

Lectio de la solennité de l’Immaculée Conception : « Tota pulchra es ! »

Célébrée le dimanche 8 décembre 2013 en forme extra-ordinaire ;

Reportée au lundi 9 décembre 2013 en forme ordinaire

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 1, 26-38. 

L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,
à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie.
L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. »
À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.
L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus.
Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ;
il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »
Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? »
L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu.
Et voici qu’Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait : ‘la femme stérile’.
Car rien n’est impossible à Dieu. »
Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » Alors l’ange la quitta. 

 

Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tache originelle n’est point en vous (Cant. 4, 7.)

« Nous célébrons l’instant bienheureux où commença l’existence de la Sainte Vierge, nous célébrons en même temps le sublime privilège, par lequel, seule de tous les humains, Marie fut, en vue des mérites du Christ, préservée, dès le premier instant de sa conception, de la souillure du péché originel. En ce temps où nous attendons le Sauveur, où nous avons les sentiments des hommes non encore rachetés, où nous levons volontiers nos regards vers la Mère du Rédempteur, cette fête est comme l’aurore du soleil de Noël qui se lève. C’est pour nous une vraie fête de l’Avent. » 1Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Placée au cœur de l’Avent, la fête de l’Immaculée Conception annonce la venue du Messie Rédempteur et nous exhorte à préparer nos cœurs à recevoir le Christ.

Ayant destiné d’avance Marie à devenir sa mère, le Verbe de Dieu l’a comblée d’une grâce particulière. Il vivait avec elle avant qu’elle ne le mette au monde. Son corps fut formé du sang de l’Immaculée. Or, depuis que Marie a commencé à exister dans le sein stérile de sa mère, Sainte Anne, il n’y eut aucun moment où le Verbe ne fut pas uni à elle. Il ne serait pas raisonnable d’avoir une autre opinion sur ce point.

L’ange Gabriel appelle Marie « comblée de grâce » et la proclame bénie entre toutes les femmes, car elle est au-dessus de tout autre créature de Dieu. Car Dieu vit déjà pleinement dans son âme, et s’apprête à prendre vie humaine en elle.

J’ai tenu à ce que St Bernard, un des plus grands chantres de la Sainte Vierge, nous accompagne tout au long de la lectio de cet évangile, lui qui pourtant ne souscrivait pas à ce qui devait être sujet de controverse dans la théologie médiévale, mais finalement affirmé par le Concile de Trente et défini comme un dogme par l’Eglise le 8 décembre 1954 : la conception immaculée de la Très Sainte Vierge Marie.

Immaculée Conception

« Ainsi l’ange Gabriel fut envoyé de Dieu. Mais où fut-il envoyé? Dans une ville de Galilée appelée Nazareth. Voyons, comme dit Nathanaël « S’il peut sortir quelque chose de bon de Nazareth » (Jn 1,45). Nazareth veut dire fleur…Le Christ doit donc naître à Nazareth, selon la parole de l’Ange, parce qu’à la fleur on espère voir succéder le fruit » 2St Bernard, sermon du temps, première homélie Missus Est

«Vous avez trouvé grâce devant Dieu» dit l’ange; et c’est un bonheur. Toujours elle trouvera grâce, et nous n’avons besoin que de la grâce. Notre Vierge prudente ne demandait point la sagesse comme Salomon, elle ne cherchait ni les richesses ni les honneurs, ni la puissance, elle ne cherchait que la grâce, car il n’y a que la grâce qui nous sauve. » 3St Bernard, sermon pour la nativité de la bienheureuse Vierge Marie, l’aqueduc

« Marie n’a point mis en avant son mérite, mais elle a cherché la grâce. En un mot, elle mit tellement sa confiance dans la grâce, elle eut si peu une haute estime d’elle-même, qu’elle se montra effrayée du salut qu’un ange lui adressa. En effet, l’Évangéliste nous dit: «Marie songeait quelle pouvait être cette salutation.» Elle se regardait comme indigne d’être saluée par un ange, et peut-être se disait-elle en elle-même. D’où me vient cet honneur, qu’un ange du Seigneur vienne à moi? O Marie, ne craignez rien, ne soyez point étonnée de la visite de cet ange, car il en est un plus grand que lui qui vient aussi à vous. Après tout, pourquoi ne recevriez-vous point la visite d’un ange, puisque vous menez la vie des anges; pourquoi un des anges ne rendrait-il point visite à celle qui partage leur genre de vie? Pourquoi ne saluerait-il point une concitoyenne des saints, une domestique de Dieu? La virginité n’est point autre chose que la vie des anges, car ceux qui n’ont ni femmes, ni maris, seront comme les anges de Dieu. Or la parfaite pureté approche l’homme de Dieu (Sg 6,20).» Oui, elle était sainte de corps et d’esprit, ne doutez point qu’en cela il [ne lui] ait rien manqué. » 4St Bernard, ibid

« Elle est donc, en même temps, un jardin fermé, une source scellée, le temple du Seigneur, le sanctuaire même du Saint-Esprit. » 5St Bernard, ibid

« «Comment cela se fera-t-il, dit-elle, car je ne connais point d’homme?» Non-seulement cette femme, sainte de corps et d’esprit, avait conservé sa chair vierge, mais elle avait formé le dessein de la conserver toujours ainsi. » 6St Bernard, ibid

« Il y a encore en Marie quelque chose de plus admirable, c’est la fécondité unie à la virginité. En effet, jamais, depuis que le monde est monde, on n’a entendu parler d’une vierge mère. Mais que sera-ce si vous faites attention à celui dont elle est la mère? A quel degré alors ne s’élèvera pas votre admiration? Ne vous semble-t-il pas même qu’elle ne saurait jamais être assez grande? Est-ce que, à votre avis, ou plutôt au jugement même de Dieu, la femme qui a eu Dieu même pour fils n’est point placée plus haut que les choeurs mêmes des anges?(…)Quand on chante les louanges des vierges, on dit qu’elles suivent l’Agneau partout où il va (Ap 14,4). Quelle n’est donc pas la gloire de celle qui même le précède?» 7St Bernard, sermon du temps, première homélie Missus Est

« Mais écoutons ce que l’Ange pense de celui à qui il donne un nom avant même qu’Il soit conçu : « Il sera grand, dit-il, et sera appelé le Fils du Très-Haut. » (…) Pourquoi est-il dit: « Il sera, » au lieu de dire il est grand, puisqu’il est toujours également grand, qu’il ne peut le devenir davantage, et qu’il ne saurait être plus grand après sa conception, qu’il ne l’était ou l’avait été auparavant. L’Ange ne se serait-il point servi de ce mot, « il sera, » pour indiquer que celui qui déjà était grand en tant que Dieu, serait grand aussi en tant qu’homme ? (…) Et vous, ô Vierge, si celui que vous allez enfanter, nourrir et allaiter, n’est qu’un tout petit enfant, en voyant ce petit enfant, songez qu’il sera grand. Oui, il sera grand, car Dieu même l’élèvera tellement en gloire en présence des puissants du monde, que peuples et rois l’adoreront et le serviront. Que votre âme exalte donc le Seigneur, ô Marie, car« il sera grand et sera appelé le Fils du Très-Haut. »  8St Bernard, sermon du temps, seconde homélie sur les gloires de la Vierge Marie

« C’est donc du plus intime de nos coeurs, du fond même de nos entrailles et de tous nos voeux que nous devons honorer la vierge Marie, c’est la volonté de celui qui a voulu que tout nous vint par Marie. Oui, c’est ce qu’il a voulu, mais il ne l’a voulu que pour nous, car en toutes choses et de mille manières, elle pourvoit à nos misères, elle nous console dans nos appréhensions, elle excite notre foi, fortifie notre espérance, chasse le désespoir, et relève notre courage. Vous craigniez de vous approcher du père; effrayé au seul son de sa voix, vous alliez vous cacher sous les feuilles, il vous a donné Jésus pour médiateur. Qu’est-ce qu’un tel fils n’obtiendra point d’un tel père? Il sera donc exaucé, ou égard à la déférence dont il est digne, car le Père aime son Fils. Est-ce que vous craindriez aussi de vous présenter devant le Fils? Il est votre frère, il est de votre sang, il a passé par toutes vos épreuves, sauf celle du péché, pour apprendre à devenir miséricordieux. C’est Marie qui vous l’a donné pour frère. Mais peut-être est-ce sa majesté divine que vous redoutez en lui, attendu que pour s’être fait homme, il n’en est pas moins demeuré Dieu. Vous voulez avoir un avocat auprès de lui, allez à Marie; en elle, il n’y a rien que l’humanité toute pure, non-seulement toute pure de toute souillure, mais toute pure de tout mélange d’une autre nature. Or, je n’hésite point à le dire, elle aussi sera exaucée à cause de la considération dont elle est digne. » 9St Bernard, Sermon pour la nativité de la bienheureuse Vierge Marie, l’aqueduc

ND Miraculeuse

Car rien n’est impossible à Dieu

Dieu peut tout. Il peut se faire homme, lui qui est Dieu. Il peut prendre chair dans le sein d’une vierge et conserver la virginité de la femme élue. Il peut préserver une de ses créatures de toute tâche originelle.

Si nous doutons de la toute-puissance de Dieu car nous pensons qu’Il n’exauce pas nos prières, qu’Il ne nous entend pas, ou parce que nous ne pouvons percer son mystère, posons notre regard sur l’Immaculée Conception. Elle, humaine comme nous, est la preuve que rien n’est impossible à l’amour et la puissance de Dieu.

Et dans un don total d’elle-même, s’abandonnant comme une enfant ayant confiance en son Père bien qu’elle ne comprenne peut être pas tout, Marie prononce le « Fiat » qui changera la face du monde.

Emerveillons-nous en ce jour avec Marie, par Marie, en Marie. Marie, conçue sans tâche dans le sein de Sainte Anne. Marie, digne et sainte demeure de Dieu. Marie, femme parfaitement pure qui a porté dans son âme et sa chair le Christ. Marie, celle qui est sans péché, est l’image annonciatrice de l’humanité sauvée et glorifiée en Dieu. Ce que Marie a été dès le commencement de sa vie, nous devons le devenir par la conversion du cœur et la vie dans les sacrements.

 

Ayssalène

Notes :   [ + ]

1. Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique
2, 7. St Bernard, sermon du temps, première homélie Missus Est
3. St Bernard, sermon pour la nativité de la bienheureuse Vierge Marie, l’aqueduc
4, 5, 6. St Bernard, ibid
8. St Bernard, sermon du temps, seconde homélie sur les gloires de la Vierge Marie
9. St Bernard, Sermon pour la nativité de la bienheureuse Vierge Marie, l’aqueduc

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