Dans le monde sans en être

La polémique “La marche”

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En traînant sur les réseaux, tout le monde a pu remarquer -et joyeusement y participer- l’embryon d’une polémique sur La Marche de Nabil Ben Yadir, film sorti au cinéma le 27 novembre dernier. Pour ceux qui n’ont pas suivi l’histoire, La Marche est le récit d’une randonnée, façon Martin Luther King, entre Marseille et Paris en 1983. Trois adolescents organisent une marche pour lutter pacifiquement contre racisme et discriminations… Bref un film qui se veut documentaire et qui colle parfaitement avec l’état d’esprit actuel. Et les Twittos râlent, comme d’habitude, en criant à la bien-pensance ambiante.

Je me demande donc, au delà de la leçon de morale, quel est le but réel d’un tel film et même, plus généralement, du “buzz” quasi-permanent autour des populations immigrées de deuxième et troisième générations.

En effet, entre tous les films, livres, articles ou associations qui émergent, et même, avec l’ajout des chapitres sur “immigration et société française au XXème” dans les programmes d’histoire (2011), on remarque que le thème prend une certaine ampleur. Certains diront que ce sont les lobbies touche pas à mon pote &. Co. qui ont -une fois de plus- tous les pouvoirs, d’autres que les artistes sont très compatissants (…), d’autres encore salueront ces initiatives qui rendent justice à la population oubliée des cités etc.

Des chiffres et des êtres

En 2008, plus des deux tiers des immigrés ne sont pas d’origine européenne, mais ce qui peut nous marquer davantage c’est que 60% des Français issus de l’immigration de la tranche d’âge 18-34 ans, arrivant aujourd’hui sur le marché du travail, sont d’origine africaine (et ils sont en majorité né de parents maghrébins) et n’ont donc à priori -en particulier pour les enfants d’Algériens- aucun lien positif avec l’histoire de France. Tout l’enjeu est donc d’aborder l’Histoire de façon à permettre aux populations françaises mises à l’écart de l’essentiel du roman français, de se reconnaître dans l’Histoire de ce qui constitue désormais leur pays.

On estime qu’il y a deux vecteurs d’intégration à la société : le travail et l’école. La France, fortement touchée par le chômage n’offre plus d’intégration massive possible par le travail, d’autant que l’INSEE révèle que les populations issues de l’immigration sont deux fois plus touchées par le chômage que l’ensemble de la population active. Quant à l’école de la République, on ne peut pas dire qu’elle brille par les perspectives d’intégration qu’elle offre aux élèves de ZEP (à quelques infimes exceptions près) … Le résultat de cette pénurie de mesures efficaces d’intégration est celui qu’on connaît : les groupes sociaux (quels qu’ils soient d’ailleurs) se referment sur eux-même, et s’ouvre alors, du même coup, la boîte de Pandore des débats identitaires et religieux qui écartèlent les familles politiques.

Cette nécessaire intégration que le travail ou l’école n’offrent plus ou trop peu, on essaye donc tant bien que mal de la réinventer par le biais de la culture populaire ou des mouvements sociaux.

@Ag2Fort

2 réponses à “La polémique “La marche””

  1. SENIZERGUES Christophe Alexandre

    Merci Benoît pour ton article intéressant et remarquable !

    Personnellement, il me semble qu’il y a un troisième vecteur d’intégration: la famille.

    C’est une escale aux États-Unis qui m’a permis d’en prendre conscience. Un franco-maghrébin installé sur la côte est me proposait le témoignage suivant. En France, il avait rencontré des difficultés pour être embauché, avoir une promotion, il avait été témoin de discriminations d’ordre professionnel. Mais par contre il connaissait beaucoup de mariages mixtes musulmans/non-musulmans. Aux États-Unis, il avait rencontré l’expérience inverse. Ses recruteurs étaient indifférents à ses origines. Seules les compétences les intéressaient parce que leur priorité était pragmatique: gagner davantage d’argent. A contrario, il remarquait que les américains se marient plutôt par communauté: les musulmans avec des musulmanes; les noirs avec les noirs; les catholiques avec les catholiques; etc etc. Bref, il me témoignait que l’intégration fonctionnait mieux aux États-Unis par le travail et en France par la Famille.

  2. Benoit

    merci Christophe pour ton commentaire très intéressant. (je précise cependant que je ne suis pas l’auteur de cet article, le mérite va à @Ag2Fort )

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