Dans le monde sans en être

Edito : Manif pour tous, an II

Kids« C’est aujourd’hui que tout commence », affirmions-nous au soir du vote de la loi Taubira. Nous savions qu’il ne s’agissait que d’une bataille perdue, qui en annonçait bien d’autres à mener. Et que notre force s’inscrit dans le temps.

Ne l’oublions pas, l’an I des Manifs pour tous se caractérisait par un mouvement de masse, spontané et libre de parti. Un élan populaire né de prises de conscience individuelles et d’une indignation partagée. Les divers organisateurs – n’en déplaise aux égo – ne faisaient que donner l’impulsion. Ils canalisaient les forces, donnaient voix à une foule libre. Qu’en sera-t-il de l’an II ?

Sonner le tocsin ne suffit plus. Il s’agit désormais de mettre un pied dans le politique, comme on le glisserait dans une porte pour empêcher qu’elle se referme. Nous renierions en effet tout ce qui nous a fait nous lever hier, si nous ne passions pas aujourd’hui à l’étape suivante : celle de la construction d’un projet de société.

Il convient donc de se méfier du fantasme du Dies irae. C’est-à-dire d’une révolte pour l’amour de la révolte, d’un jour de colère par goût de la colère. Une nouvelle « contre-révolution » pour faire comme dans les livres, plutôt que d’en écrire de nouveaux. « Il est absurde de détruire quand on a rien à mettre en place », disait Péguy. Laissons donc le Dies irae au Seul qui en soi maître et, avant toute mobilisation, interrogeons-nous sur le but de nos actions. S’il ne concerne que la déstabilisation du gouvernement, rappelons-nous que ce sont toujours les plus faibles qui trinquent quand la France est à plat…

Bien sûr, la lutte continue. Pour que de nouvelles lois contre l’homme ne soient pas votées et, aussi, pour que celles déjà promulguées soient éliminées un jour. Bien sûr, nous saurons retrouver les pavés si les circonstances l’exigent. Mais nos cris (s’il faut crier) doivent n’être que le reflet de nos actes (puisqu’il faut agir). Recherchons des solutions à la crise. Encourageons ceux qui se bougent. De nouvelles idées émergent, une nouvelle génération politique se lève (Sens Commun, Esprit Civique…). Contribuons à ce renouveau !

A l’aube de l’an II, la Manif pour tous n’est plus un mouvement spontané, mais une structure parmi d’autres, qui bat le rappel autour de propositions concrètes. Son travail de lobbying, avec la Charte des municipales, et le lancement de débats en région, dans le cadre de son Grenelle de la famille, montrent qu’elle peut être une bonne “machine de guerre”. Faut-il pour autant accompagner cela de virées en klaxon au travers des villes ? Pourquoi pas, après tout… On trouvera toujours à critiquer. La question est de savoir si nous préférons être du côté des chiens qui aboient, ou bien de celui de la caravane qui s’élance vers le désert. Fut-elle imparfaite, fut-il trop aride.


L’équipe des Cahiers libres

 

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