Dans le monde sans en être

Ecologie humaine et écologie environnementale : deux notions inséparables

Ecologie

Après avoir défini l’écologie humaine, et avoir vu certains aspects concrets. Nous allons aborder la question de son lien avec l’écologie environnementale.

La tentation est grande de séparer, voire même d’opposer, l’écologie humaine à l’écologie environnementale. La tendance à l’écolophobie existe, y compris dans les milieux catholiques, et  une écologie humaine mal comprise pourrait la servir. En effet, l’écologie est souvent mal perçue car trop souvent assimilée à des mouvements New age, païen, misanthrope (la “deep ecology”) ou, plus proche de chez nous à Europe-Ecologie-Les-Verts… Ces derniers défendant le mariage pour tous, la PMA pour tous, la recherche sur les embryons et pour certains la GPA, cela donne l’image d’une écologie uniquement environnementale et pas du tout humaine. Ainsi, certains chrétiens craignent que les “écolos” défendent davantage les espèces animales que les êtres humains. Nous les retrouvons dans les milieux ultraconservateurs américains, mais aussi français. Cette vision se répand chez nous par certains auteurs 1Je précise que le Courant pour une écologie humaine ne partage pas ce raisonnement conservateur et a adopté une démarche d’écologie intégrale..

Or ce raisonnement est l’excès inverse de celui d’EELV, car une écologie humaine coupée de l’écologie environnementale n’a pas de sens, car on ne peut protéger le milieu humain sans protéger le milieu naturel… et surtout ce n’est pas la conception de l’écologie humaine par les papes depuis Jean-Paul II.

Dans le texte fondateur de l’écologie humaine, Centesimus annus, Jean-Paul II nous rappelle l’intérêt de l’Eglise pour l’écologie environnementale :

“ A côté du problème de la consommation, la question de l’écologie, qui lui est étroitement connexe, inspire autant d’inquiétude. L’homme, saisi par le désir d’avoir et de jouir plus que par celui d’être et de croître, consomme d’une manière excessive et désordonnée les ressources de la terre et sa vie même. A l’origine de la destruction insensée du milieu naturel, il y a une erreur anthropologique, malheureusement répandue à notre époque. L’homme, qui découvre sa capacité de transformer et en un sens de créer le monde par son travail, oublie que cela s’accomplit toujours à partir du premier don originel des choses fait par Dieu.(…) Au lieu de remplir son rôle de collaborateur de Dieu dans l’œuvre de la création, l’homme se substitue à Dieu et, ainsi, finit par provoquer la révolte de la nature, plus tyrannisée que gouvernée par lui.”

Un an avant Centesimus annus, Jean-Paul II a écrit un long texte entièrement consacré à l’écologie. Il s’agit du message pour la paix du 1er janvier 1990. Intitulé “Paix avec le Dieu créateur, paix avec toute la création”, il est un vibrant appel à la protection de la nature :

“Face à la dégradation générale de l’environnement, l’humanité se rend compte désormais que l’on ne peut continuer à utiliser les biens de la terre comme par le passé. L’opinion publique et les responsables politiques en sont inquiets; les savants dans les disciplines les plus diverses en étudient les causes. On assiste ainsi à la formation d’une conscience écologique qu’il ne faut pas freiner mais favoriser, en sorte qu’elle se développe et mûrisse en trouvant dans des programmes et des initiatives concrets l’expression qui convient.”

Jean-Paul II n’a pas peur de parler de “crise écologique” qu’il lie à une crise morale :

“Certains éléments de la crise écologique actuelle font apparaître à l’évidence son caractère moral. Il faut y inscrire en premier lieu l’application sans discernement des progrès scientifiques et technologiques. Beaucoup de découvertes récentes ont apporté à l’humanité des bienfaits indiscutables; elles manifestent même la noblesse de la vocation de l’homme à participer de manière responsable à l’action créatrice de Dieu dans le monde. On a cependant constaté que l’application de certaines découvertes dans le cadre industriel et agricole produit, à long terme, des effets négatifs. Cela a mis crûment en relief le fait que pour aucune intervention dans un domaine de l’écosystème on ne peut se dispenser de prendre en considération ses conséquences dans d’autres domaines et, en général, pour le bien-être des générations à venir.”

Et le pape nous donne des exemples très concrets :

“La destruction progressive de la couche d’ozone et l'” effet de serre ” qu’elle provoque ont atteint désormais des dimensions critiques par suite du développement constant des industries, des grandes concentrations urbaines et de la consommation d’énergie. Les déchets industriels, les gaz produits par la combustion des carburants fossiles, la déforestation incontrôlée, l’usage de certains types de désherbants, de produits réfrigérants et de combustibles de propulsion, tout cela, on le sait, nuit à l’atmosphère et à l’environnement. Il en résulte de multiples altérations météorologiques et atmosphériques dont les effets vont des atteintes à la santé jusqu’à l’immersion possible, dans l’avenir, des terres basses.”

Jean-Paul II ne semble guère “climatosceptique”… Je précise que les papes sont conseillés par une Académie pontificale des sciences qui comprend parmi les meilleurs scientifiques de la planète.

Il nous donne un autre exemple : “Enfin, on ne peut pas ne pas considérer avec une profonde inquiétude les possibilités considérables de la recherche biologique.” Jean-Paul II évoque ici le sujet des biotechnologies :

“On n’est peut-être pas encore en mesure d’évaluer les troubles provoqués dans la nature par des manipulations génétiques menées sans discernement et par le développement inconsidéré d’ espèces nouvelles de plantes et de nouvelles formes de vie animale.”

Autrement dit, Jean-Paul II nous parle des OGM et autres manipulations génétiques. Il en parle avec inquiétude tout en mentionnant que nous n’avons pas encore assez de recul pour évaluer les conséquences. Et il lie la recherche génétique animale et végétale à celle sur l’Homme, en continuant son propos ainsi :

“pour ne rien dire des interventions inacceptables à l’origine même de la vie humaine.”

Et il nous met en garde :

“ Dans un domaine aussi délicat, il n’échappe à personne que l’indifférence ou le refus des normes éthiques fondamentales portent l’homme au seuil même de son auto-destruction.”

Ainsi, le grand pape polonais ne fait pas de différence entre écologie et bioéthique, entre OGM et manipulations sur l’Homme.

Et il va encore plus loin en s’intéressant aux causes de la crise écologique :

“ Mais le signe le plus profond et le plus grave des implications morales du problème écologique se trouve dans les manquements au respect de la vie qui se manifestent dans de nombreux comportements entraînant la pollution. Les conditions de la production prévalent souvent sur la dignité du travailleur, et les intérêts économiques l’emportent sur le bien des personnes, sinon même sur celui de populations entières. Dans ces cas, la pollution ou la destruction de l’environnement sont le résultat d’une vision réductrice et antinaturelle qui dénote parfois un véritable mépris de l’homme.De même, des équilibres écologiques délicats sont bouleversés par une destruction incontrôlée des espèces animales et végétales ou par une exploitation imprudente des ressources; et tout cela, il faut le rappeler, ne tourne pas à l’avantage de l’humanité, même si on le fait au nom du progrès et du bien-être.”

Le pape lie les questions économiques et sociales à l’écologie. Elles sont les causes mêmes de la crise écologique. Il a une vision intégrale de l’homme et il ne sépare pas environnement naturel et milieu humain, il ne sépare pas la création de l’activité humaine. Tout est interdépendant :

“La théologie, la philosophie et la science s’accordent dans une conception de l’univers en harmonie, c’est-à-dire d’un vrai ” cosmos “, pourvu d’une intégrité propre et d’un équilibre interne dynamique. Cet ordre doit être respecté: l’humanité est appelée à l’explorer, à le découvrir avec une grande prudence et à en faire ensuite usage en sauvegardant son intégrité.”

Jean-Paul II a une définition large de l’écologie et c’est sans doute pour cela qu’il a conçu la notion d’écologie humaine un an plus tard. Cette nouvelle notion est avant tout une composante de l’écologie, elle a pour but d’en préciser certains aspects, mais elle est à inclure dans un tout : l’écologie intégrale.

Les successeurs de Jean-Paul II ont continué sur ce chemin. Benoît XVI a traité de l’écologie environnementale et humaine dans Caritas in veritate, François a fait des déclarations là dessus. Tous sont d’accord : les deux écologies vont de paire, elles sont inséparables et l’une ne peut se faire sans l’autre.

Charles Vaugirard

Notes :   [ + ]

1. Je précise que le Courant pour une écologie humaine ne partage pas ce raisonnement conservateur et a adopté une démarche d’écologie intégrale.

3 réponses à “Ecologie humaine et écologie environnementale : deux notions inséparables”

  1. ressaire

    Grand merci pour ces clarifications salutaires à l’indispensable développement d’une conscience écologique intégrale , les chrétiens ont le devoir de diffuser et rassembler autour de ces urgences , pour une solidarité pleine et entière de toute la Création , c’est l’Aimant qui nous le commande , c’est notre Joie qui en dépend .

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