Dans le monde sans en être

Dieu n’est pas arbitraire

Sacrifices de Caïn et AbelDieu n’agit pas de façon arbitraire envers nous!

“Votre Dieu se comporte comme un potentat! Ses décisions sont arbitraires! La preuve: il a agréé le sacrifice d’Abel au détriment de celui de Caïn ! Et cela sans explication, sans motiver sa décision! Au bout du compte, il porte une grande part de responsabilité dans premier homicide de l’histoire!” Voilà un  raisonnement qu’il n’est pas rare d’entendre en ces temps où pullulent les procureurs en tous genres. Que leur répondre? Que Dieu n’agit jamais de façon arbitraire? Ils nous renverront à l’histoire du sacrifice d’Abel.

Pourquoi Caïn a-t-il tué Abel ?

Puisque nos contradicteurs s’appuient sur la Bible pour accuser Dieu de partialité, d’injustice, la meilleure façon de récuser leurs allégations consistera pour nous aussi à nous reporter au texte saint, et plus particulièrement à l’écrivain qui détient la clef d’interprétation des Ecritures: Saint Jean. Que nous dit-il dans sa première lettre? “Caïn égorgea son frère. Et pourquoi l’a-t-il égorgé? Parce que ses oeuvres étaient mauvaises.” (1 Jn, 3,12). Autrement dit, Caïn a tué Abel, non parce que son sacrifice n’a pas été agréé, mais parce que ses agissements n’étaient pas bons. Mais alors, que vient faire ce récit de sacrifice dans cette histoire? Pourquoi les Ecritures en font-elles mention ?

Explication : Dieu a considéré favorablement le sacrifice d’Abel en raison de sa conduite bonne dans l’existence. Ce n’est pas le sacrifice en lui-même, pris dans sa matérialité, ou dans sa modalité  d’exécution, qui a été décisif dans cet épisode fondamental, mais le comportement général de l’intéressé. Remarquez, on s’en doutait un peu: Dieu étant intelligent et bon, que vous lui offriez une centaine de boeufs sans défaut, ou une fleur, Il ne jugera pas votre offrande selon son objet formel, ni en fonction de votre attitude extérieure, encore moins selon que vous vous rouliez par terre cinquante fois ou non en l’accomplissant. Il jugera selon votre coeur: “Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas, tu n’acceptes pas d’holocauste. La sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un coeur brisé et broyé.” (Ps 50)

Nos œuvres, ainsi que les intentions que nous mettons dans leur exécution, constituent la véritable offrande religieuse. C’est là le culte spirituel qui plaît à Dieu. Telle a été l’offrande  qui a été agréée par Dieu chez Abel. Dans la religion judéo-chrétienne, on ne peut pas en effet dissocier offrande rituelle, coeur et conduite extérieure dans la vie de tous les jours.

Caïn agissait mal. Croyant certainement pouvoir faire son bonheur sans Dieu, il en est venu à nourrir de la jalousie pour son frère Abel. Pourquoi? Son idolâtrie a faussé sa perception de l’humanité de son frère ainsi que celle de ses rapports avec lui, qu’il a davantage envisagés selon une perspective de concurrence que d’après la fraternité. Caïn compare: entre lui et Abel, c’est à celui qui produira le meilleur effet sur Dieu! Dieu, de Père, devient un juge, non des élégances, mais des sacrifices! De son côté, Abel n’entrait vraisemblablement pas dans les dispositions de son frère: sa foi droite en Dieu lui faisait voir Caïn comme un fils de Dieu, donc comme un frère, non comme un rival.

Caïn a méconnu la paternité de Dieu

Ainsi les mauvaises oeuvres de Caïn, pour reprendre l’expression de Saint Jean, découlent-elles de sa foi pervertie qui n’arrive plus à concevoir Dieu autrement que  comme un Maître dur, implacable, qui distribue les bons et les mauvais points, tel un patron mettant ses salariés en concurrence. Dans ce système, les hommes sont enfermés dans une logique de rivalité qui tourne invariablement mal. Caïn, prisonnier du doute sur la bonté de Dieu, doute hérité des parents des deux frères, Adam et Eve, était dans l’incapacité de porter de bons fruits dans sa vie. Aucune fatalité dans cette affaire : une question de foi, tout simplement.

Caïn agit mal parce qu’il croit mal. Ses œuvres découlent de sa (mauvaise) foi. Il projette sur Dieu ses sentiments faits de défiance et de rivalité. Il le transforme en potentat. Aussi son offrande n’a-t-elle pas plu à Dieu. En méconnaissant la paternité essentielle de Dieu, Caïn ignorait par la même occasion la fraternité qui le liait à Abel. On connaît la suite…

Non, Dieu n’est pas arbitraire, ni jaloux. Il juge nos offrandes avec justice. Ce texte de la Genèse constitue déjà une critique du ritualisme. Il tend à nous faire comprendre que c’est dans la vie de tous les jours que nous présentons nos sacrifices à Dieu. Saint Paul ne dira pas une chose différente: “Tout ce que vous dîtes, tout ce que vous faîtes, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus-Christ, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père.” (Col, 3, 17). Et aussi: “Je vous exhorte, mes frères, à offrir à Dieu votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de lui plaire: c’est là pour vous l’adoration véritable” (Rm 12,1).

Saint Jean, à la lumière du Christ, nous livre la clef des Ecritures, et des enjeux liés à la foi juste. Loin d’être l’expression d’une théologie sacrificielle antédiluvienne, le récit de la Genèse reste d’une brûlante actualité pour notre société où l’indifférenciation accentue les réflexes concurrentiels.

Jean-Michel Castaing

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