Dans le monde sans en être

Avec Julien Green, contre les catholiques du Monde

Il y a peu, j’ai découvert Julien Green, et surtout sa première publication : Pamphlet contre les catholiques de France. Et voilà que j’ai (enfin) trouvé un écho à ce qui me tourmentait depuis quelques années. Ces catholiques dispersés, ces pharisiens des temps modernes et autres schizophrènes de la religion me mettaient mal à l’aise et cette rencontre avec cet auteur, dont un siècle me sépare, a trouvé un fort retentissement en moi.

Combien en ai-je côtoyés, des catholiques qui m’expliquent avec le plus grand flegme que le Pape a certes raison, mais qu’il faut prendre en compte la réalité. Que l’idéal chrétien est certes le leur, mais qu’il ne faut pas être trop exigeant et que de toute façon, c’est l’intention qui compte. Qu’il ne faut surtout pas porter sa foi comme un étendard, mais la cacher pudiquement pour ne pas risquer de choquer le monde. Que se battre contre le mariage homosexuel c’est bien, mais qu’il ne faut surtout pas rappeler la position de l’Eglise sur les pratiques homosexuelles. D’ailleurs, si nos contradicteurs ignorent qu’on est catholique, c’est aussi bien. Prôner une certaine fidélité, mais ne surtout pas rappeler ce que dit l’Eglise à propos de la chasteté. Applaudir, se pâmer devant les paroles du Pape en prenant bien garde de ne pas en saisir tout le sens. Honnir la vulgarité, mais pas quand ça peut permettre d’être accepté des autres. Une bonne vieille blague salace, ça reste très socialisant.

Mais surtout, j’ai peur de leur confort spirituel. Ne pas ébranler ce confort, surtout. Ne pas interroger sa foi, surtout. Ne pas se remettre en question, surtout. Ne pas aller voir un prêtre quand un doute persiste, ne pas défendre sa foi quand elle est attaquée, parce que de toute façon je n’en suis pas capable parce que le catéchisme c’est fini depuis longtemps. D’ailleurs ces histoires d’Adam et Eve, tout le monde sait que c’était juste une image. Et peu importe si dire cela remet en cause tout le reste de ma foi. Je l’accorde à mon contradicteur. Ne jamais se demander si on est en état de communier ou non. Ne jamais remettre le nez dans le catéchisme de l’Eglise catholique, et encore moins dans les Ecritures saintes. Un peu de Nouveau Testament à la messe, c’est déjà pas mal même si j’ai oublié le sermon en sortant de l’église.

A ces gens, je voudrais dire avec Julien Green : « Les catholiques de ce pays sont tombés dans l’habitude de leur religion, au point qu’ils ne s’inquiètent plus de savoir si elle est vraie ou fausse, s’ils y croient ou non ; et cette espèce de foi machinale les accompagne jusqu’à la mort. ». Et cette mort, ce n’est pas seulement la mort physique, mais c’est la mort spirituelle, l’Enfer. Et j’en ai peur, parce qu’« ils lisent des prières dont chaque mot est d’une grande importance et ils les lisent comme s’il s’agissait, dans ces prières, de quelqu’un d’autre, de la vie de quelqu’un d’autre, du salut de quelqu’un d’autre. On dirait qu’ils ne savent pas qu’on y parle uniquement de leur condamnation à mort et de leur grâce ; on dirait qu’ils croient que le catholicisme a été fondé pour les autres et qu’eux-mêmes, s’ils en font partie, c’est par hasard ou par jeu. ». Et me voilà inquiet, parce que c’est vrai. C’est vrai qu’on ne se soucie pas suffisamment de notre propre salut, de notre propre relation à Dieu, aux Autres et à la Vérité.

Mais je me rappelle que je ne suis pas janséniste, et je me rappelle que mon Dieu est miséricordieux. Que l’Homme est faillible, et que ce n’est sûrement pas à moi de juger mes semblables. D’ailleurs, Julien Green me rappelle que les contemporains que j’étais tenté de décrier « sont catholiques, puisqu’ils ont reçu la marque de l’Eglise, et ils le sont pour toujours, car l’Eglise ne fait rien que d’éternel. ». Et je me vois mal les condamner un par un aux flammes éternelles, parce que j’en fais partie bien plus que je l’imagine.

Je voudrais quand même qu’ils comprennent mon inquiétude, et, peut-être, qu’ils la partagent.

Avec Julien Green contre les catholiques du Monde

Heront

3 réponses à “Avec Julien Green, contre les catholiques du Monde”

  1. anon

    ce n’est pas en expliquant aux catholiques “light” qu’il ne sont pas de vrais catholiques que vous les ramenerez dans l’église, non?

  2. Benoit

    en fait, ce genre de texte, on les écrit souvent pour nous-mêmes …

    c’est moi-même le catholique tiède que j’aimerai ramener à l’Église.

  3. Jeune imbécile

    Anon : Ce n’est pas non plus en les applaudissant d’être au moins catholique dans leur bouche qu’on les y ramènera ! Il n’y a rien de pire que faire mal en pensant faire bien, personne ne le niera, c’est arrivé à chacun d’entre nous. Alors certes il ne faut pas les rejeter, mais il faut leur rappeler où est le chemin, la vérité et la vie.
    Et surtout, surtout, se le faire rappeler souvent!!

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