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Rencontre entre François et le métropolite Hilarion : une nouvelle donne oecuménique ?

Hilarion et FrançoisLa récente rencontre au Vatican entre le métropolite Hilarion de Volokolamsk, « ministre des affaires étrangères » du Patriarcat de Moscou, et le Pape François, le 12 novembre dernier, est une nouvelle preuve du rapprochement entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe russe.

Le contexte est favorable d’année en année au dialogue entre les deux Églises. Le patriarche de Moscou actuel, Cyrille, y est particulièrement ouvert, et le Vatican ne cesse de tendre la main vers l’Église orthodoxe russe. Celle-ci, par son poids démographique, politique (du fait de ses liens avec l’État russe), et son influence spirituelle sur les autres Églises orthodoxes (souvent aux dépends du Patriarcat de Constantinople, qui dispose de la primauté d’honneur), est en effet devenue l’interlocuteur privilégié de l’Église catholique.

Nouvelle donne œcuménique

Historiquement, l’orthodoxie s’était beaucoup engagée dans la voie de l’œcuménisme d’après-guerre, aux côtés des Églises protestantes traditionnelles (anglicans, luthériens, réformés…), au sein du World Council of Churches (WCC) – que l’Église catholique n’a pas rejoint. Les chrétiens protestants et orthodoxes partageaient un souci d’autonomie des Églises, et nombre de protestants, notamment anglicans, redécouvraient avec intérêt la liturgie et la spiritualité orthodoxes. Mais les raisons étaient également politiques : l’URSS et ses satellites d’Europe de l’Est voyaient dans l’œcuménisme international un moyen utile de diffuser des messages communistes, via des prélats orthodoxes désignés et contrôlés par leurs services secrets. Ainsi, le WCC s’est-il abstenu de critiquer la politique soviétique pendant la guerre froide.

Depuis les années 1990, les Églises orthodoxes ont retrouvé une partie de leur liberté vis-à-vis des États ex-communistes. De leur côté, les protestants traditionnels ont suivi une tendance  progressiste dans les dogmes et les mœurs, qui repousse les orthodoxes. En mars 2013, le métropolite Hilarion a prévenu les anglicans que l’ordination des femmes évêques aurait des conséquences désastreuses sur les relations entre l’Église d’Angleterre et l’Église orthodoxe russe.

L’évolution du protestantisme historique, alors que la sécularisation frappe l’Occident, avant de gagner bientôt les pays orthodoxes, a poussé les Églises catholique et orthodoxes à se réunir sur leurs valeurs communes. Mais, précisait Benoît XVI, il ne s’agit pas d’une alliance politique ou morale, mais un signe de la recherche de l’unité perdue entre des Églises qui partagent les mêmes sacrements et la même tradition apostolique. Le Pape émérite appelait cela la « physionomie de la foi ».

L’héritage de Benoît XVI

Après le pontificat de Jean-Paul II, suspecté à cause de ses origines polonaises, et de son soutien à la Croatie catholique face à la Serbie orthodoxe pendant les guerres de Yougoslavie, Benoît XVI a mené une patiente et persévérante démarche de rapprochement avec l’orthodoxie.

Son souci de la liturgie, son combat contre le relativisme, et son dialogue humble, désamorçant la méfiance des « Byzantins » envers les « Latins », ont progressivement gagné le respect des Églises d’Orient. Benoît XVI a ainsi pu se rendre en 2010 à Chypre, île farouchement orthodoxe. Autre évènement significatif : l’Église orthodoxe serbe, mal disposée envers le catholicisme associé au voisin croate, a pris contact avec le Pape. Réputé peu expansif, Benoît XVI a pourtant formulé durant tout son pontificat son souhait de rétablir l’unité des Églises d’Orient et d’Occident. En juin 2012, face à des envoyés du Patriarcat de Constantinople, il a déclaré attendre « le jour béni » où les deux Églises pourront partager la même « table eucharistique ».

Le Pape François, lui, dispose d’un a priori très positif parmi les orthodoxes. En insistant dès son élection sur son rang d’évêque de Rome, ce que lui reconnaît l’Orient chrétien, et en appelant à valoriser la collégialité au sein de l’Église catholique, il ravit ses interlocuteurs.  

Espoirs et attentes

Les difficultés n’ont pour autant pas disparu. De nombreux clercs et fidèles orthodoxes, en Russie et ailleurs, ajoutent à une méfiance identitaire de principe face à l’Église catholique des conflits politiques. Le statut de l’Église gréco-catholique d’Ukraine, dite« uniate » , de liturgie byzantine mais liée à Rome, et le « prosélytisme » catholique en ex-URSS, sont des dossiers toujours sensibles entre le Vatican et Moscou.

De nombreuses initiatives confirment cependant le cap pris par les deux Églises. En France, notamment, l’Église catholique a pesé de tout son poids pour permettre l’ouverture d’un séminaire orthodoxe russe, à Epinay-sous-Sénart (Essonne). Son supérieur, le Père Alexandre Siniakov, a déclaré sans ambages  au Courrier de Russie, en janvier 2013 : « je souhaite que le schisme entre l’Orient et l’Occident touche à sa fin ». Il précisait toutefois : « je n’ai rien à perdre à le dire puisque je n’ai aucune ambition institutionnelle ». Le chemin du pèlerin est encore long, mais il se fait beaucoup moins difficile.

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