Dans le monde sans en être

Qu’est-ce que l’écologie humaine ? #1

Qu’est-ce que l’écologie humaine ? Nous entendons souvent parler de cette notion depuis quelques temps. Mais quelle est-elle exactement ? Nous allons tenter de répondre à cette question par une série d’articles publiés chaque vendredi. Nous tenterons de la définir (#1), nous verrons quelques réflexions concrètes (#2), nous aborderons la question de l’unité entre écologie humaine et environnementale (#3) et enfin nous étudierons plus précisément l’écologie chrétienne intégrale (#4). Voici le premier volet :

“Un mouvement d’écologie humaine est en train de se lever !” Tugdual Derville, le 13 janvier 2013.

Je me souviens de cette belle déclaration de Tugdual Derville sur le Champs de Mars, lors de cette grande Manif pour tous. Le grand mouvement populaire en faveur de la famille homme-femme-enfant était pour lui un mouvement d’écologie humaine. La formule était audacieuse, originale, moderne. Elle rattachait cette lutte à l’écologie et finalement, nous devenions, grâce à lui, proche des fondateurs de l’écologie politique qui se sont battu pour les espaces naturels. Cette déclaration a eu pour conséquence la fondation du “courant pour une écologie humaine”.

Eco

Mais l’écologie, dans le propos de Tugdual, est “humaine”. Qu’est-ce que cela signifie ?

Cette formule a plusieurs significations :

D’abord un sens scientifique très précis. L’écologie humaine est une discipline scientifique définie dès le XIXéme siècle. Elle s’intéresse aux relations de l’homme et de son environnement. C’est une discipline importante et elle est au coeur de la réflexion écologique actuelle.

Mais “écologie humaine” a un autre sens, moins scientifique (même si la science contribue à l’étayer), plus philosophique, défini par la doctrine sociale de l’Eglise. Ce terme est apparu pour la première fois en 1991 dans l’encylique de Jean-Paul II “Centesimus annus”. En français : le centenaire de Rerum novarum, la grande encyclique de Léon XIII qui inaugure la doctrine sociale de l’Eglise des temps modernes. Ce n’est pas la première fois qu’un pape parle d’écologie. Depuis Paul VI, ce sujet apparait régulièrement dans les propos des papes. Mais cette fois-ci, l’adjectif “humaine” lui est accolé.

Jean-Paul II présente ainsi l’écologie humaine 1Centesimus annus §38 : “En dehors de la destruction irrationnelle du milieu naturel, il faut rappeler ici la destruction encore plus grave du milieu humain, à laquelle on est cependant loin d’accorder l’attention voulue. Alors que l’on se préoccupe à juste titre, même si on est bien loin de ce qui serait nécessaire, de sauvegarder les habitats naturels des différentes espèces animales menacées d’extinction, parce qu’on se rend compte que chacune d’elles apporte sa contribution particulière à l’équilibre général de la terre, on s’engage trop peu dans la sauvegarde des conditions morales d’une « écologie humaine » authentique.” Ainsi, le Pape voit dans l’écologie humaine une écologie appliquée à l’homme. Etymologiquement, écologie signifie l’étude de l’environnement. “Eco” vient d’un mot grec signifiant la “maison”. Ainsi l’écologie est la science de la “maison” donc du lieu de vie. D’une façon générale, l’écologie est la science qui étudie le milieu naturel, l’écosystème. En ajoutant l’adjectif “humaine”, Jean-Paul II étend le concept d’écologie au milieu humain.

Mais qu’est-ce que c’est exactement ? Il précise : “Non seulement la terre a été donnée par Dieu à l’homme qui doit en faire usage dans le respect de l’intention primitive, bonne, dans laquelle elle a été donnée, mais l’homme, lui aussi, est donné par Dieu à lui-même et il doit donc respecter la structure naturelle et morale dont il a été doté.”  Jean-Paul II nous donne un exemple concret : “Dans ce contexte, il faut mentionner les problèmes graves posés par l’urbanisation moderne, la nécessité d’un urbanisme soucieux de la vie des personnes, de même que l’attention qu’il convient de porter à une « écologie sociale » du travail.” Son exemple peut surprendre : on s’attendrait davantage à des questions de bioéthique… Or non, ils nous parle d’urbanisme et de relation de travail. Il nous donne d’ailleurs une autre notion incluse dans l’écologie humaine : l’écologie sociale du travail. Plus loin, le grand pape polonais précise : “Toutefois, il est aussi conditionné par la structure sociale dans laquelle il vit, par l’éducation reçue et par son milieu. Ces éléments peuvent faciliter ou entraver sa vie selon la vérité. Les décisions grâce auxquelles se constitue un milieu humain peuvent créer des structures de péché spécifiques qui entravent le plein épanouissement de ceux qu’elles oppriment de différentes manières.“ Et ensuite il appelle au démantèlement de ces structures de péché. Cette notion d’écologie humaine est belle car elle semble être la trame pour la définition d’un “milieu de vie” sain qui est l’antithèse de structures sociales devenues des structures de péché. Cette notion de “milieu de vie” au sens de l’écologie humaine chrétienne est comparable à l’écologie environnementale. Les deux se préoccupent du milieu de vie, de l’environnement. Mais l’une s’intéressera à l’écosystème dans un sens biologique, l’autre s’interessera au milieu de vie dans un sens social, culturel et “sociétal” pour employer ce néologisme à la mode.

Jean-Paul II nous donne une belle définition de l’écologie humaine. Mais cette notion est très vaste et peut sembler à première vue imprécise. Cette imprécision n’est pas une lacune, bien au contraire elle est une invitation à construire tous ensemble cette écologie humaine.

Concrètement, les papes nous ont donné quelques pistes, et des laïcs se sont lancés dans l’aventure.

Un siècle après Rerum novarum, Jean-Paul II a ouvert une nouvelle voie : l’écologie humaine. Nous ne sommes qu’au début de l’aventure.

 A suivre

Notes :   [ + ]

1. Centesimus annus §38

8 réponses à “Qu’est-ce que l’écologie humaine ? #1”

  1. Nils

    JP II parle de la “destruction irrationnelle du milieu naturel”. Mais pour parler d’irrationalité, il faudrait que la personne détruisant le milieu naturel souffre des conséquences de son acte. Car cela n’a rien d’irrationnel de commettre tel acte particulier quand on ne vit pas assez pour payer les pots cassés, ou quand les conséquences sont subies par d’autres que soi. N’importe quel acte (même le plus immoral) peut être rationnel pourvu que l’auteur de l’acte pense échapper aux conséquences de son acte. Ça a l’air de rien, mais quand on s’exprime, comme le Pape, sur des questions de la plus haute importance, on ne peut se satisfaire de telles approximations, déjà “limites” sous la plume des philosophes (pour ne pas parler des scientifiques).

  2. Benoit

    Cher @Nils, merci pour ton commentaire.

    Si je peux me permettre, il me semble que tu confonds le “rationnel” (conforme à la raison) et l’ “intérêt” (conforme à l’intérêt individuel).

    Les exigences de la raison auxquelles JPII (et d’autres) font allusions dépassent (voir même n’ont rien à voir avec) l’intérêt individuel.

    Si quelques philosophes, dont Hobbes, font de la raison un simple outil de calcul de l’intérêt maximal; cette conception de la raison n’est évidement pas celle de JPII (ni même de l’immense majorité des philosophes), la raison est pour lui la faculté qu’à l’homme de chercher la vérité.

    l’expression de « destruction irrationnelle du milieu naturel » ne parle donc pas d’une destruction non conforme à l’intérêt, mais non conforme aux exigences de la raison.

  3. Nils

    @Benoit :

    L’ennui avec cette définition de la raison que tu donnes et qui est en effet celle de l’Église, c’est qu’elle désigne comme irrationnel tout raisonnement aboutissant à autre chose que la vérité – la vérité étant quant à elle considérée comme un “donné”. Le chrétien approuvant cette définition dira qu’un pécheur aimant pécher (pour parler brièvement) se comporte de manière irrationnelle, tandis qu’un athée trouvera irrationnel (toujours selon cette même définition) de vouloir plaire à Dieu (qui de son point de vue n’existe pas) alors que Dieu n’existe pas, etc.
    Pourquoi ne pas dire tout simplement que les uns font un mauvais usage de leur raison (et de leur liberté), et les autres un bon ?
    Faut-il mettre en doute la sincérité d’un homme si cet homme dit des choses fausses en les croyant vraies ?
    Faut-il renoncer à appeler “route” une route n’aboutissant nulle part parce que les travaux ne sont pas achevés ?
    Ces fondements de la distinction rationnel / irrationnel ont l’inconvénient de fournir à chacun un concept qu’il pourra utiliser pour disqualifier l’autre. Une manière parmi d’autres de dire “j’ai raison, tu as tort”. Défendre ce qu’on croit être la vérité (car nous sommes des croyants), c’est une chose. Mais récupérer à cette fin les mots qui rassemblent en les associant étroitement à ceux qui divisent – je ne suis pas sûr que cela aide les hommes à communiquer.

  4. Benoit

    non, je crois vraiment que tu es à coté de la question (désolé).

    La raison désigne la capacité de l’homme à chercher à vérité. c’est tout.

    Je ne prétend pas définir la vérité. je dis seulement que confondre raison et recherche de l’intérêt c’est une erreur.

    ( l’Église non plus ne le fait pas, pr la bonne raison que l’Église considère que la raison seul n’atteint pas la vérité pleine. l’adjectif de rationnel concerne plus la méthode de pensée que le résultat de la pensée. )

    car à part les sujets libéraux post-modernes (et paf 😉 personne ne croit que la vérité se réduit à son intérêt particulier.

    [intéressant à noter, dans la série changement de sens des mots. Spéculation désignait l’activité rationnelle et désigne aujourd’hui (en éco) un calcul d’intérêt. Ces redéfinitions sont à déplorer]

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