Dans le monde sans en être

Pour un renouveau politique

AND’un meeting à l’autre, et quelque soit le parti concerné, il semble que le seul moyen de rassembler les français soit paradoxalement de se définir par opposition aux autres. On n’hésite pas d’ailleurs à attaquer personnellement l’adversaire, à évoquer son obscure passé et ses relations amicales ou familiales troubles.

Voulons-nous encore d’une politique qui juge, qui remet au goût du jour la nécessité du bouc émissaire, c’est à dire de celui qui calme la colère des uns en devenant la cible de celle-ci ? Une politique où l’on anathématise et excommunie l’opposant par collage d’étiquettes et où le pardon est absent.

Le respect de l’adversaire se mesure à la capacité à croiser le fer avec lui sur le terrain des idées, loin des petites mesquineries et des étiquettes caricaturales qui font rire l’auditoire acquis. Cette saine confrontation permet d’ailleurs de se décentrer et d’éviter la tentation de se croire détenteur de la vérité face à un adversaire au mieux béotien au pire obscurantiste.

Les Français sont lassés des querelles d’ego. Ils aspirent aujourd’hui à l’exemplarité d’une classe politique intègre, probe, juste. Ils désirent entendre des hommes politiques qui sentent bon le crottin et le cambouis et non le maquillage des télévisions, qui s’assoient à leur table pour rire et pleurer avec eux, qui sachent braver les princes et honorer les peuples. Il n’y a pas une dignité moins élevée dans le travail de l’ouvrier ou de l’agriculteur que dans celui d’un cadre supérieur. Foin des manichéismes simplistes : riches pauvres, patrons salariés, femmes hommes, étrangers autochtones, gauche droite…

Cette partisannerie est liée à une crise de confiance que nous observons également dans nos entreprises et dans d’autres lieux et dont nous sommes tous responsables. D’une société d’hommes nous avons évolué depuis une dizaine d’année vers une société administrative et financiarisée où les règles, les procédures forment le nouveau modus vivendi et les indicateurs financiers le baromètre omnipotent et prescient des décisions futures. Voyez ce petit village de quelques centaines d’âmes où l’on demande sa pièce d’identité pour voter à celui avec qui on prenait une bière la veille.

C’est à la déresponsabilisation qu’on a amené les Français. Et le comportement froid, rationnel et obéissant d’un Eichmann décrit par Hannah Arendt n’est plus une exception. C’est la même logique qui amène certains à oublier qu’une loi peut être votée mais être illicite, qu’une majorité éphémère peut prendre des décisions absurdes.

Dans un récent meeting du PS, Madame Vallaud-Belkacem s’exclamait : « Ceux qui se disent ni de droite, ni de gauche, ni du centre, ils ne savent même pas d’où ils viennent, comment pourraient-ils savoir où ils vont ? ». N’en déplaise à Madame le Ministre, un homme de bonne volonté n’a pas besoin de choisir son camp en fonction d’un parti politique. Son camp c’est celui de la charité, de la justice et du bien, il est frère d’armes de tous les autres hommes de bonnes volontés quelques soient leur histoire, leur parcours, leur fardeau.

N’oublions pas que catholique signifie universel. Le Christ n’est ni de droite ni de gauche, son message est universel et personne ne pourra l’enfermer dans le coffre de ses désirs et de ses préjugés avec la tentation de se fabriquer son dieu.

Est venu très certainement le temps d’un renouveau politique que nous appelons de nos vœux et auquel chacun d’entre-nous doit prendre part. Et si nous désirons ardemment que la richesse de notre foi soit aux fondements de ce renouveau, celui-ci devra se faire avec tous les hommes de bonne volonté aux horizons divers, sans préjugés et sans anathème pour le bien commun et ancré dans le réel.

« Que fais-tu à la synagogue ?

– Je prie !

– Le Dieu que tu pries est-il grand ou petit ?

– Il est trop grand pour tenir dans ta tête, mais assez petit pour tenir dans ton cœur. »

Salomon Ibn Gabirol

Rafélis

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