Dans le monde sans en être

Jour de colère : la révolte sans la haine

Cet article, qui n’engage que son auteur, a été publié à une période où le climat social était différent. La rédaction des Cahiers libres a depuis plusieurs  fois exprimé son opposition au mouvement populiste nommé Jour de Colère, notamment -HR- dans cet article. Le Dies irae biblique est un jour dont l’initiative revient à Dieu, c’est une idolâtrie grotesque que d’en prendre soi-même l’initiative. Notons aussi que le collectif Jour de Colère regroupe des mouvements dont la plupart semblent être des coquilles-vides.

Bonnets rouges

La révolte ne fait pas partie de la culture catholique. Nombre de catholiques sont mal à l’aise face à l’ampleur que prend la contestation populaire face au gouvernement, et c’est avec raison. Le Christ lui-même vivait à une époque où le pouvoir temporel n’était pas vraiment en adéquation avec son propre message. Rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu et à César ce qui appartient à César, car il est clair que le Royaume que nous visons n’est pas de ce monde…

Et pourtant, faut-il se désintéresser de toute affaire sociale ? Quand on ne peut plus rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est-à-dire les hommes eux-mêmes, que faut-il faire ? Quand les lois divines et naturelles sont si ouvertement violées, est-il possible de rester inactif ? Le chrétien n’a-t-il pas quand même un rôle à tenir dans la société, une certaine responsabilité ? Saint Thomas d’Aquin justifie la révolte, et même dans certaines conditions le régicide dans la mesure où les lois humaines doivent rester subordonnées aux lois divines et naturelles. Alors, le devoir du chrétien est-il de prendre de la hauteur et de laisser faire, ou est-il possible d’influencer le cours des choses ?

Il faut savoir que la volonté du gouvernement de nier ces lois naturelles est manifeste : Najat Vallaud-Belkacem n’entend-elle pas lutter contre les « déterminismes de la nature », qui enferment la femme dans la maternité ? Mariage et adoption pour les couples de même sexe, instauration toujours plus profonde des « gender studies » dans les écoles, et maintenant taxation abusive des entreprises et des particuliers, portant atteinte au droit le plus fondamental de l’homme à travailler et se nourrir décemment… Toutes ces atteintes aux lois naturelles les plus évidentes sont déjà des atteintes graves aux lois divines et ne font qu’écarter toujours plus d’hommes du chemin du Salut par le mauvais environnement mental qu’elles instaurent. Mais au-delà des lois naturelles, c’est aussi la loi divine elle-même qui est visée : dans son livre « Une religion pour la république », Vincent Peillon déclare que  «Toute l’opération consiste bien, avec la foi laïque, à changer la nature même de la religion, de Dieu, du Christ, et à terrasser définitivement l’Église ». Dès lors, l’affaire prend une tournure d’autant plus grave, et notre foi catholique se voit directement attaquée par ceux-là même qui nous gouvernent.

Une certaine réaction se fait donc pressante, mais attention. Pas question d’aller manifester sans avoir mis d’abord certaines choses au clair. Au clair avec notre foi, au clair avec notre idéal chrétien.

Est-ce qu’il faut tout casser ? Sommes-nous de vulgaires révolutionnaires ? Non, la révolution n’est que destruction, sans intelligence ni bienveillance. Et d’ailleurs, ce même saint Thomas d’Aquin  nous précise que si révolte il y a, elle doit être portée par un projet nouveau. Et ce projet n’est pas encore défini, c’est pourquoi il s’agit moins pour nous de décapiter l’Etat que de donner une nouvelle impulsion à une prise de conscience commune. Cette prise de conscience a commencé l’année dernière avec les manifs pour tous, elle continue sur un plan plus réaliste et matériel avec les bonnets rouges. Le projet que nous voulons échafauder n’est possible que par une remise en cause préalable, et c’est en cela que le Jour de Colère est utile. Mais ce jour ne doit en aucun cas être idéalisé, il est clair que la révolte n’est pas notre fin, surtout en tant que catholiques, mais elle constitue pourtant un moyen de recommencer à réfléchir, de mettre en mouvement une vraie réflexion sur le bien commun en la rendant inévitable.  Si rien ne bouge, la réflexion continuera d’être, comme c’est le cas depuis si longtemps, esquivée par de nouveaux tours de passe-passe politiciens. Le Jour de Colère ne vise pas l’incendie de la France, il vise la prise de conscience, éclairée par une notion de Bien Commun inconnue de la politique française, empreinte d’un libéralisme moral qui empêche une vie décente mais surtout qui perd les âmes en brouillant les repères. Il ne vise même pas à prendre le pouvoir, mais à rendre aux français leur conscience.

Vous l’aurez remarqué, à part des banderoles « Hollande-démission » et certains slogans très innocents (on pourra, si l’on veut, faire le lien avec l’incident d’Angers mettant en cause une enfant d’une dizaine d’années, mais il s’agit d’une peau de banane sur laquelle il ne faut pas glisser), le mouvement de contestation français ne s’attaque guère aux personnes qu’à travers des interpellations. On comprend en France que c’est un système de pensée qui doit être remis en cause, ce qui évite la haine. Pas de haine si la colère est concentrée sur des idées, pas de haine si notre vraie cause reste le Bien Commun dans une dimension toujours chrétienne et charitable. Car pourquoi se révolter, si ce n’est pas dans l’optique de mettre au jour quelque chose de meilleur ? Et comment soutenir que notre projet sera meilleur, s’il est construit contre quelqu’un, s’il persiste de la rancœur dans nos esprits ?

Nous savons contre quoi nous luttons, est-ce que nous nous sommes demandés pour quoi nous luttons ?

Heront

3 réponses à “Jour de colère : la révolte sans la haine”

  1. Basta

    Si je suis entièrement d’accord sur la notion de révolte pour la révolte qui est une absurdité, je suis en revanche plus réticent sur le rapprochement qui est fait entre les bonnets rouges et LMPT.
    Réf : “Cette prise de conscience a commencé l’année dernière avec les manifs pour tous, elle continue sur un plan plus réaliste et matériel avec les bonnets rouges.”

    Les revendications bonnets rouges me semblent assez éloignés d’un souci de bien commun que tendraient à viser LMPT. Les organisation agricoles qui ont appelé à manifester avec un bonnet rouge, ne nous y trompons pas, avait majoritairement en vue la défense d’une agriculture intensive assez éloignée de ce que l’on peut imaginer meilleur pour nos enfants.
    On se trompe quand on veut rapprocher ces 2 mouvements, ce qui les motive est différent. On rassemblerait alors autour d’un “Hollande démissionne” seulement et on en revient à l’absurdité d’un tel “programme”.

    C’est sans doute un détail mais l’écueil est trop souvent observé.

  2. Basta

    Pour répondre à ton objection, je crois que tu fais une erreur d’analyse (en toute modestie hein, “je crois”). En tout cas c’est ce que je pense 😉

    “Mais les points d’accord possibles sont plus nombreux : rejet du libéralisme, des directives de l’Union Européenne, et le souhait de revenir au respect d’une certaine loi naturelle.”
    Le mouvement des bonnets rouges est tout sauf anti-libéral : l’idée des bonnets rouges a été lancée par Thierry Merret, président de la FDSEA, dont le combat perpétuel est de donner toujours plus de place à une agriculture intensive, concentrationnaire dont la logique est intimement libéral. Le mouvement est aussi appuyé par le MEDEF, dont on sait qu’il est profondément anti-libéral (un peu d’ironie 😉 ).
    Je te renvoie au très bon travail de Patrice de Plunkett sur ce sujet qui a, à mon avis, vu juste sur ces événements.
    http://plunkett.hautetfort.com/search/bonnets%20rouges
    (il y a de la lecture)

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