Dans le monde sans en être

Dans le Nouveau Testament “Qui peut comprendre qu’il comprenne !” • #2 Célibat sacerdotal

Série sur le célibat sacerdotal. 

suite de :
– Le magistère médiatique et son dogme du mariage des prêtres • #0 Célibat sacerdotal

– Dans l’Ancien Testament tout le monde se marie … ou presque • #1 Célibat sacerdotal

Après les Lévites et le prophète Jérémie dans l’Ancien Testament, continuons notre parcours biblique. Tournant les pages de votre Bible 1ah oui, ça se fait quotidiennement ça. La lecture de la Parole de Dieu en lyophylisé dans Magnificat ou Prions-en-Eglise ne suffit pas, n’est-ce pas?, juste après les prophètes, vous tombez sur l’Évangile de Matthieu.

 

Machin engendre Bidule, and Co.

Au chapitre 1 :

Abraham engendra Isaac, Isaac engendra bidule, machin engendra truc-muche, ….

et des généalogie en veux-tu en voilà … on engendre à gogo. Le célibat ne semble pas trop à la mode, mais voila que :

Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle naquit Jésus, que l’on appelle Christ

Le rythme Machin engendra Bidule est rompu ; Joseph ne pouvait-il pas engendrer tout simplement Jésus … ? Le texte nous met la puce à l’oreille… il y a un truc bizarre … Joseph n’engendre pas … Ensuite les trucs bizarres ne s’arrêtent plus : Marie était vierge ; le cousin de Jésus, Jean-Baptiste, vit tout seul dans le désert ; Jésus lui-même est célibataire …

 

Gloups et re-gloups

Tournant encore quelques pages… Au chapitre premier de l’Évangile de Marc, un détail nous fait espérer un peu de normalité : Jésus guérit la belle-mère de Simon-Pierre. Le Prince des Apôtres – Pierre – était donc marié. Enfin un gars normal, ouf. Le problème c’est qu’au chapitre 18 de l’Évangile de Luc, Pierre demande à Jésus quelle est la récompense promise à ceux qui, comme lui, ont tout quitté pour le suivre et Jésus lui répond :
Nul n’aura laissé maison, femmes, frères, parents ou enfant à cause du Royaume de Dieu, qui ne reçoivent bien davantage (Lc 18, 29-30)
Oui, vous avez bien lu : il s’agit – au dire de Jésus – de quitter femmes et enfants … gloups …

Rapide essai d’ecclésiologie néotestamentaire

église de JésusReprenons, dans les Évangiles nous voyons que Jésus a appelé des hommes à le suivre dans une vocation particulière. Pour Pierre, on sait qu’il était marié ; pour les autres, on ne sait rien. On peut imaginer que certains l’étaient et d’autres non. Parmi ceux qui l’étaient on peut penser que certains ont – comme Pierre – quittés leurs femmes à cause du Royaume de Dieu … re-gloups …

 

Les Actes des Apôtres et les Épitres de saint Paul nous éclairent un peu plus sur l’organisation de l’Église primitive. Sans que ces titres et ces fonctions ne soit clairement définit, on repère dans ces textes : des disciples (la foule des croyants), des apôtres (parfois itinérants, comme Paul ; parfois veillant sur une communauté locale, comme Jacques), des épiscopos (qui signifie en grec “gardien”, que l’on traduit en français par “évêques”, ils veillent sur une communauté particulière), des presbyteros (en grec cela signifie “ancien”, ils organisent la vie des communautés. Le mot a donné presbytre, presbytère et ministère presbytéral. Bref c’est les prêtres), et les diakonos (qui signifie en grec “serviteur” et qui se traduit par “diacre”, ils servent les pauvres et prêchent la Parole).

 

le célibat n’est pas un dogme

Dans tous ces groupes, sans aucun doute, il y a des hommes mariés et des hommes célibataires. La hiérarchie de l’Église primitive n’était donc pas uniquement composée de célibataire, c’est un fait. Il est donc évident que le célibat des prêtres n’est pas “un dogme”. 

Mais l’inverse – leur mariage – n’est pas non plus un dogme !

La règle du célibat pour tous les prêtres est donc une décision de la part de l’Église, on parle de “discipline”. Elle peut changer.

 

la place particulière du célibat dans le Nouveau Testament

Pour autant, dans le Nouveau Testament, les célibataires consacrés ont une place tout à fait particulière. Une Église qui n’aurait pas de consacrés, manquerait d’un élément majeur de la vie évangélique !

Pour comprendre le célibat consacré chrétien il faut lire (au moins) deux pages du Nouveau Testament. L’une rapporte des paroles de Jésus (Mt 19), l’autre celles de saint Paul (1 Co 7).

 

1 Co 7

Commençons pas saint Paul. Quand il a affirmé aux Corinthiens qu’il était “bon pour l’homme de s’abstenir de la femme“, l’apôtre a provoqué une véritable onde de choc et fut sommé de s’expliquer. C’est dans le chapitre 7 de la première lettre aux Corinthiens qu’il le fait 2Dans ce passage, il parle de plusieurs choses : des périodes d’abstinence dans la vie conjugale, des célibataires (homme et femme) consacrés, des veuves choisissant de ne pas se remarier, des mariages entres chrétiens et non-chrétiens, des vierges, des couples, ….

 

Dans ce passage, on sent très fort qu’il y a pour saint Paul une excellence du célibat consacré. Saint Paul le dit “je voudrais que tous les hommes fussent comme moi“, c’est-à-dire consacré dans le célibat. Critiquer le célibat consacré, c’est donc se mettre saint Paul à dos. Mais l’apôtre ajoute cependant “chacun reçoit de Dieu son don particulier“. Le top c’est donc le célibat, mais ce n’est pas pour tous. Est-ce que ça veut dire que les autres seront des chrétiens de seconde zone ? Non ! L‘excellence chrétienne n’est jamais exclusive, elle est exemplaire. La tradition parle, par exemple, de la vie consacrée comme de la “perfection évangélique”. Cela ne veut pas dire que les religieux soient des parfaits, mais cela veut dire qu’ils indiquent à tous les chemins de la perfection. La perfection caractérise les voeux évangéliques (pauvreté, chasteté, obéissance) qu’ils vivent, pas leurs personnes. L’excellence du célibat consacré, n’est donc pas l’excellence des célibataires consacrés. 

 

“L’homme qui n’est pas marié a souci des affaires du Seigneur” 1 Co 7, 32. Pour saint Paul le célibat permet de vivre tout entier pour le Seigneur. En ce sens, le célibat est donc excellent et exemplaire. La vie des consacrés rappelle aux mariés que :

Le temps se fait court. Que désormais ceux qui ont femme vivent comme s’ils n’en avaient pas ; ceux qui pleurent, comme s’ils ne pleuraient pas ; (…) ceux qui achètent, comme s’ils ne possédaient pas; ceux qui usent de ce monde, comme s’ils n’en usaient pas vraiment. Car elle passe la figure de ce monde(1 Co 7, 29-31).

Les célibataires consacrés – vivant en leur chair le fait que notre avenir n’est pas ici, mais au ciel – indiquent aux chrétiens mariés comment vivre le mariage : orienté vers le ciel.

 

Souvenez-vous en effet de la lettre aux Éphésiens. Au chapitre 5, Paul parlant de l’amour de l’homme pour son épouse dit “ce mystère est de grande portée ; je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Église” (Ep 5, 32). Comme tout sacrement, le mariage est signe visible d’une réalité invisible. L’eau du baptême est signe de la réalité de notre rachat en Christ par sa mort et sa résurrection ; le pain et le vin sont signes de son corps et de son sang offert sur la Croix nous réconciliant avec le Père ; … l’homme et la femme sont signes de l’union du Christ et de l’Église. L’amour des époux chrétiens est signe des Noces finales, des Noces de l’Agneau, du Royaume où il sera tout en tous, de la Jérusalem Céleste où l’Agneau sera notre flambeau… Le mariage pour être chrétien doit donc être vécu en fonction du Royaume, car “elle passe la figure de ce monde (1 Co 7, 31).

Les célibataires consacrés renvoient donc les mariés au sens ultime de leur union : le Royaume.

 

Pour être eschatologique, le mariage a donc besoin de témoignage du célibat consacré. 

 

Yves Semen, dans sa lecture de la théologie du corps de Jean-Paul II, va même jusqu’à dire que lorsqu’un couple à un fils prêtre, sa première messe est comme la réalisation sublime du sacrement de leur mariage. L’union du Christ et de l’Église signifiée par leur mariage est réalisé dans l’Eucharistie célébrée par le fils de leur amour.

 

Voyez donc combien, avec saint Paul, on doit estimer le témoignage des consacrés.

Du chapitre 7 de la première aux Corinthiens, je voudrais relever encore un détail. L’apôtre dit avoir établi dans toutes les Églises, la règle suivante : “que chacun continue de vivre dans la condition que lui a départie le Seigneur, tel que l’a trouvé l’appel de Dieu“. Ce verset est décisif ! C’est sur lui que s’appuie l’Église pour dire que l’ordination fixe l’état de vie : marié ou célibataire. Quand un homme est ordonné prêtre (en fait dès l’ordination diaconale), il est fixé dans son état : célibataire ou marié. A strictement parler, il ne sera donc jamais question du mariage des prêtres, mais seulement de l’ordination d’hommes mariés. (c’est plus pratique à gérer, non ? imaginez le prêtre célibataire, cherchant une femme … draguant au confessionnal … bof … )

 

Mt 19

Venons-en rapidement au deuxième texte clé sur le célibat consacré. En Mt 19, Jésus vient de déclarer le mariage indissoluble en affirmant que la tolérance du divorce par les chefs juifs vient de la dureté du coeur des hommes et non du plan de Dieu 3En effet, le mariage étant appelé à devenir le sacrement, c’est-à-dire le signe, de l’union du Christ et de l’Église, il ne peut être qu’indissoluble. Le Christ n’abandonne pas son Église, ne la répudie jamais.

 Les disciples sont sur le c** et lui répondent :

 Si telle est la condition de l’homme à l’égard de la femme, il n’est pas avantageux de se marier.

… Bon, ils ne sont pas encore au top niveau théologie du corps les p’tits gars, et n’ont pas encore pigé la grandeur du mariage indissoluble.

Jésus, comme d’habitude, ne prête pas garde à leur lenteur d’esprit et reprend pour les mener un peu plus haut (c’est souvent en atteignant les sommets que les fondements s’éclairent … en comprenant le célibat consacré que l’on découvre la beauté du mariage). Jésus répond donc aux disciples :

Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné. Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère; il y en a qui le sont devenus par les hommes; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne. (Mt 19, 11-12)

Eunuque dès le ventre de leur mère … anomalies génitales, ok.

 

Eunuque à cause des hommes … on peut penser aux mutilations (castras, …) mais aussi aux blessures affectives qui rendent certaines personnes incapables d’amour conjugal, ok.

 

Eunuque, qui se sont rendu tels par eux-mêmes … #?!@#§?!!! #WTF ? De quoi nous parle Jésus ? automutilation ( cc @Origène … gloups) ? Non, évidement pas. Jésus parle de “se faire eunuque à cause du Royaume des cieux“, mais eunuque est à entendre au sens de célibataire-continent.

 

Que celui qui peut comprendre comprenne !

Cette parole de Jésus indique clairement le sens du célibat consacré : “à cause du Royaume”. 

 

Et si on a pas compris, au chapitre 22 du même évangile Jésus précise : “À la Résurrection des morts, en effet, on ne prend ni femme, ni mari, mais on est comme des anges du ciel” (Mt 22, 30). Le célibat consacré consiste donc à anticiper le Royaume dès ici bas. L’amour conjugale en est le signe ; l’amour virginal en est l’anticipation.

 

Toute justification “pastorale” du célibat, du type : ça laisse plus de temps pour s’occuper des paroissiens, plus libre pour la mission, … n’est donc que secondaire (on trouve d’ailleurs bien des personnes mariés capables de faire mieux que les célibataires au niveau pastoral). La vraie justification – la seule décisive – c’est l’appel à vivre le célibat “à cause du Royaume”. Bref comme Jérémie.

 

Et, me semble-t-il, ce qui fait scandale dans le célibat c’est justement ça : le célibat manifeste explicitement qu’il y a une Résurrection à venir, qu’il faut se décider pour ou contre le Royaume. Le célibat montre qu’ “elle passe la figure de ce monde (1 Co 7 ,31) et renvoie chacun à la question de la finitude de sa vie. Si le célibat consacré (et, de même, la chasteté avant le mariage) fait scandale, c’est parce qu’il manifeste le mystère scandaleux de la mort et de la résurrection de Jésus.

 

 

 

Au terme de ce parcours biblique, nous voyons clairement que le Nouveau Testament révèle à la fois la grandeur mystérieuse de la sexualité ET celle de la continence pour le Royaume. Dans l’Église primitive, il y a incontestablement eu des “prêtres” (des Apôtres, Episcopes ou Anciens, en langage de l’époque) mariés et des prêtres célibataires, mais le célibat y avait cependant déjà un rôle irremplaçable.

 

Ayant rappelé que la règle du célibat pour tous les prêtres n’est qu’une décision pastorale de l’Église et peut donc évoluer, nous verrons, dans le prochain numéro de cette série, les différentes possibilités qui s’ouvrent à l’Église et je présenterai ce qui fait, selon moi, l’opportunité du maintient de la règle du célibat pour tous les prêtres.

 

 

  À suivre les prochains samedis :

#3 Du célibat des prêtres comme renoncement au pouvoir temporel
#4 L’Ordination Pour Tous, une forme cachée du cléricalisme

Benoit

Notes :   [ + ]

1. ah oui, ça se fait quotidiennement ça. La lecture de la Parole de Dieu en lyophylisé dans Magnificat ou Prions-en-Eglise ne suffit pas, n’est-ce pas?
2. Dans ce passage, il parle de plusieurs choses : des périodes d’abstinence dans la vie conjugale, des célibataires (homme et femme) consacrés, des veuves choisissant de ne pas se remarier, des mariages entres chrétiens et non-chrétiens, des vierges, des couples, …
3. En effet, le mariage étant appelé à devenir le sacrement, c’est-à-dire le signe, de l’union du Christ et de l’Église, il ne peut être qu’indissoluble. Le Christ n’abandonne pas son Église, ne la répudie jamais

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