Dans le monde sans en être

Ce sont nos territoires qu’on assassine !

C'est nos territoires qu'on assassine !

CouteauCahiersLibresAprès avoir soldé la famille, le gouvernement s’attaque à nos territoires, nos collectivités locales. Comme s’il avait un besoin d’ébranler les institutions fortes de notre société pour mieux régner.

Alors que les Maires de France étaient réunis en congrès, il est temps de crier « halte au feu ! ». Depuis bientôt 6 ans, j’ai la chance d’être le premier magistrat de ma commune. Je vois les pans tomber un à un. J’avoue qu’au début de mon mandat, j’étais un peu incrédule quand certains de mes collègues parlaient du délitement de nos collectivités territoriales. Avec les années le regard s’affûte.

La première tentation fut de faire tomber les communes au profit des communautés de communes en donnant des compétences et des moyens à ces dernières. Évidemment quand on décharne un cadavre, il ne reste plus que les os.

La seconde plus récente, avec la nouvelle loi de scrutin départementaux est de faire des « super cantons » avec un binôme homme-femme à leurs têtes. (A l’heure où tout le monde est égal et peut se marier avec qui il veut, on se demande bien pourquoi ?) Le problème de ces cantons est qu’ils sont assis sur une quantité de population. Dans des départements à la démographie peu dense cela fait beaucoup de Km2 de territoire pour arriver aux 20.000 habitants escomptés. Pour tracer les périmètres ce n’est pas le délicat et fin ciseau de couturière qui a été utilisé mais une hache de bourreau !

Sur les projets qui ont été présentés par le Ministère de l’Intérieur, il n’a été tenu aucun compte des anciens cantons, des bassins de vie, des pays, des communautés de communes, des SCoT, etc. Rien, nada, que dalle. Si ! Un élément a été pris en compte ; le rééquilibrage politique ! Ce qui dans un département plutôt à droite oblige le bourreau à des contorsions pour que la lame de la hache frappe au bon endroit pour faire tomber la tête du côté… gauche…

La prise en compte de territoire beaucoup plus vaste aura pour corollaire sur le plan matériel une moindre gestion. Les moyens seront sensiblement les même d’un territoire peuplé, donc de petite surface, que pour un territoire rural, par nature moins dense. Comment ferons-nous pour gérer tout cet espace qui est notre bien-être, notre respiration, notre bien commun ? Qu’adviendra-t-il des collèges, gendarmeries, bureaux de poste, trésoreries actuellement répartis à raison d’une unité par canton ?

Plus profondément c’est le problème humain et le lien de subsidiarité qui se pose face à ces grands territoires. A l’heure où Internet peut régler bien des problèmes, que feront nos anciens dans ce gigantisme qui ne sera plus à la taille de leurs possibilités, doivent-ils rester sur le bord du chemin ? Par expérience je constate également que l’augmentation de taille des collectivités territoriales va de pair avec une tendance à la sur-administration. Les dossiers se compliquent, les élus y prennent moins leur part, la politique prend le dessus face au bon sens. Lors des conseils communautaires les élus mettent souvent bien plus d’énergie (trop) à défendre un dossier qui les touche au cœur et laissent courir d’autres dont ils se foutent comme de leur première chemise car pas directement impacté avec des moyens qui ne sortent pas de leurs poches ou de celles de leurs communes…

L’Homme est faible, la déchristianisation a fait perdre beaucoup de valeurs qui semblaient évidentes il y a un siècle. Le libéralisme-libertaire outrancier de 68 a fini d’achever le tableau.

Les communes, toutes les communes, doivent rester la collectivité de base de notre société. Elles sont notre socle commun et assurent le lien social et humain qui garantit le respect et la dignité que chaque personne est en droit d’attendre. Leur taille, parfois petite, est la garantie d’une gestion en « bon père de famille ». Les communautés de communes doivent être un outil de mise en commun de moyens au service de ces dernières.

Les cantons devraient rester à taille humaine. Il semblerait intéressant de créer une synergie forte entre les régions et les départements où ces derniers seraient des subdivisions de la région, le tout avec les mêmes élus.

Tous les ministres, dont le premier, présents au Congrès des Maires nous ont juré, craché par terre, que jamais au grand jamais ils ne toucheraient aux communes. J’attends qu’ils passent de la parole aux actes.

Mon propos est sans doute un peu technique, pour l’imager j’y vois un parallèle avec nos paroisses qui n’en finissent pas de s’agrandir au fur et à mesure que le le nombre de prêtres diminue. A force d’être sous-administrés dans nos doyennés, les paroissiens n’y croient plus, ne font plus l’effort de se déplacer pour aller à la messe, se privent des dons des sacrements.

Les Français ne croient plus en leurs politiques, certes beaucoup leur ont menti, parce que nous avons perdu ce lien de subsidiarité. Les professionnels de la politique sont devenus des stars qui font le show en permanence. Une fois descendus de l’estrade, que sont-ils, que font-ils dans la vraie vie ?

Mettre ses actes en cohérence avec sa parole demande de l’introspection. La foi est vecteur de ce regard intérieur. Combien d’élus sont chrétiens ? Combien l’affirment ? Combien de chrétiens s’engagent d’une façon ou d’une autre dans la cité à l’image de ce que nous demandent le Saint Père François et ses prédécesseurs. N’ayons pas peur !

Christian Politica

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