Dans le monde sans en être

L’ultralibéralisme, ce moulin à vent.

don-quichotte

Il y a une semaine, nous publiions une tribune de Patrice de Plunkett affirmant qu’il y a un lien direct entre le libéral (économique) et le libertaire (moral). Dans le présent article, Fol Bavard, rédacteur aux Cahiers Libres, défend, lui, l’idée d’une neutralité morale du libéralisme. La réflexion critique sur notre modèle de société nous semble être un thème majeur pour aujourd’hui, d’autres articles suivront.

L’ultra-libéralisme est à la mode. Comme le Gender ou le nouvel ordre mondial, c’est un complot qui semble avoir ses entrées partout. Il est tout puissant, rien ne semble pouvoir lui résister. Sauf que l’ultra-libéralisme est avant tout un terme journalistique. Une coquille vide. Et quand aujourd’hui la lutte contre l’ultra-libéralisme semble faire l’unanimité, on devrait s’étonner de ne trouver personne qui s’en revendique. Et plus encore, se demander pourquoi personne ne peut le définir. Car si réellement l’ultralibéralisme est une doctrine en vogue, on devrait pouvoir la décrire.

L’ultralibéralisme, un mythe construit et fantasmé

don-quichotte

Le libéralisme est l’un de ces moulins à vent contre lesquels on part en guerre. Une monstruosité fantasmée, qu’il est aisé de démonter, mais qui n’existe que dans l’imaginaire de ceux qui entendent le dénoncer. Et on ne peut que les comprendre. C’est rassurant d’avoir un ennemi bien déterminé, de lui donner un nom et de le vouer aux gémonies. Par souci de simplification, de sensationnalisme ou bien d’opportunisme, on dresse à grand traits le portrait d’un ennemi invisible. Dire des choses simple, ça plait. Mais si cela se finissait comme le roi nu d’Andersen ? Que se passera-t-il le jour où quelqu’un verra que cet ennemi n’existe pas ?

Nombreux sont ceux qui participent à la construction de ce mythe de l’ultralibéralisme, et qui, ce faisant, s’épuisent à dénoncer un mal inexistant. « Mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde » disait l’écrivain et philosophe Albert Camus. Et ce malheur on l’ajoute en voulant combattre un ennemi imaginaire. En voulant soigner un mal inexistant, on s’acharne au mauvais endroit, ce qui n’est pas sans effet pervers.

Tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes. Les dérives souvent dénoncées existent. Sauf que dénoncer l’ultralibéralisme, c’est partir à l’attaque des moulins à vent. A plus forte raison, vouloir lui attribuer tant de conséquences néfastes, c’est faire fausse route. Car l’ultra-libéralisme n’existe pas. Et pourtant on veut lui attribuer tous les maux : la perte de repère dans la société, l’anticatholicisme, « l’idole Argent », la concentration sauvage du capital entre les mains d’un nombre de gens toujours plus réduit, la paupérisation croissante du reste de la population… Vaste programme. Encore faut-il savoir de quoi on parle.

Beaucoup sont prompt à dénoncer l’ultralibéralisme, peu le sont à le définir. Souvent, « ultralibéralisme » n’est qu’un effet de style. On rajoute « ultra » ou « néo » pour renforcer un terme, le rendre encore plus radical. Et dans « ultralibéralisme », il y a libéralisme. Et le saut est parfois fait, les deux mots sont vite pris comme synonymes. Et finalement c’est le libéralisme qui se trouve être la cible. Mais il y a souvent plus de fantasme que de recherche sur la pensée libérale.

L’ultralibéralisme, une dégénérescence du libéralisme

Parfois l’ultralibéralisme est le terme choisi pour qualifier une dégénérescence du libéralisme. Ce serait un refus total de tout type de norme, ce qui entraînerait finalement une aliénation. Car sans reprères, ne serait-ce que moraux, la liberté n’est qu’une illusion. Une liberté au sens chrétien se fonde sur un respect de la loi divine. Si on ne consent pas à renoncer à l’aliénation du péché, on en reste prisonnier. Dès lors, une absence totale de norme, cet “ultralibéralisme” que personne ne semble revendiquer, est à la fois contraire aux fondements du libéralisme et de la religion chrétienne, qui s’attachent à permettre une liberté authentique.

Tenir pour synonyme “libéralisme” et “ultralibéralisme”, c’est donc aller un peu vite en besogne. Par exemple, dans le cas de la “théorie du Gender”, son arrivée à l’école peut être prise pour le dernier forfait du libéralisme. Sauf que l’idée qu’un Etat puisse s’abaisser à ce type de propagande est profondément contraire à la vision de l’Etat que peuvent avoir les différents courants des libéraux. Qu’ils soient ou non d’accord avec la dite théorie ne change rien, ce genre de propagande est un détournement du pouvoir de l’Etat, et donc un danger pour un libéral. On comprend donc vite que le glissement entre ultralibéralisme et libéralisme est une simplification discutable.

Le libéralisme, une pensée riche et complexe

Surtout que la pensée libérale se caractérise par sa diversité. Il y a presque autant de libéralismes que d’Eglises protestantes. Alors de qui parle-t-on quand on parle de Libéralisme ? D’Adam Smith ou d’Ayn Rand ? De Friedrich von Hayek ou d’Alexis de Tocqueville ? De Ludwig Von Mises ou d’Henri-Dominique Lacordaire ?

Prenons par exemple ce dernier. Le Père Lacordaire est un prédicateur dominicain, mais aussi un journaliste engagé et un homme politique. Et bien que cette terminologie soit sujette à caution, on peut dire que c’est l’un des penseurs du catholicisme libéral. De plus, il est l’auteur de cette fameuse citation « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit. ». Voilà un os pour ceux qui cherchent à assimiler libéralisme et absence de loi.

En effet, cette citation extraite des Conférences de Notre-Dame de Paris entend défendre la loi. Mais de quelle loi parlons-nous ? Ici c’est de la loi divine qu’il s’agit et, plus précisément de celle que “Moïse, descendant du Sinaï, rapportait à son peuple […] : Tu sanctifieras le septième jour, et tu t’y reposeras”. C’est du repos dominical qu’il est question. Une question curieusement d’actualité.

Le libéralisme n’est pas un anarchisme sauvage. Car le libéralisme n’est pas conçu pour abolir les repères stables, l’idée de « nature humaine », la notion de bien et de mal, les contextes culturels, la vision religieuse de l’existence. On peut être libéral et condamner l’avortement. On peut être libéral et ne pas voir d’un bon œil le mariage homosexuel. On peut être libéral, et comme Lacordaire, ne pas souhaiter voir s’étendre le travail le Dimanche. On peut être libéral et refuser l’euthanasie. On peut être libéral et vouloir aider son prochain.

Le libéralisme, une solution plus qu’une cause de problèmes

Mais il demeure des gens qui dénoncent le libéralisme comme étant une philosophie néfaste en soi. C’est un classique chez certains intellectuels catholiques. Soit. Et sur quels fondements ? Un lien entre le libéralisme des mœurs et le libéralisme économique. Et comment ce lien est il fait ? Il y aurait des multinationales qui soutiennent le mariage gay. Et quoi de plus ultralibéral qu’une multinationale ? Car la multinationale est ce monstre sans âme et sans visage, qui pille les pays, viole les lois, mais qui est malgré tout bien utile pour mettre un Smartphone entre les doigts. Bref, c’est un avatar de l’ultralibéralisme. Et pour prouver cela, rien de mieux qu’une déclaration de président de Goldman Sachs, qui aurait dit, à propos du mariage homosexuel : “It’s good business”.

Mais cette position n’est pas motivée par un quelconque libéralisme. Elle manifeste au mieux une vision anthropologique particulière, au pire un esprit de lucre et un certain appât du gain. Point de libéralisme donc. Il existe différents courants dans le libéralisme, qui chacun reposent sur des visions anthropologiques différentes. Mais ces visions sont souvent liées à des pensées exterieures au libéralisme. Tout au plus peut on voir dans le libéralisme une philosophie qui a compris que l’homme était profondément limité. Dès lors, ce n’est pas le libéralisme qui est en cause, mais bien une ou des visions anthropologiques erronées. Et pour ce qui est de la vision anthropologique, je ne peux que souscrire à celle proposée par l’Eglise.

Mais que mettre à la place du libéralisme (qui soit dit en passant n’est pas né dans les années 1990) ? Car les effets dénoncés ont bien des causes. On fait souvent coïncider l’émergence du libéralisme et les années 1970, période d’évolution de la société et des législations boursières notamment. Mais Crésus n’a pas attendu les années 1970 pour être animé d’un esprit de lucre, l’anticatholicisme n’est pas né de la dérégulation, et la pauvreté dans le monde n’est pas apparue en même que la fin du siècle. Ce que je veux dire par là, c’est que la réponse est à chercher ailleurs.

Et on peut trouver le début de cette réponse dans le 3e chapitre de la genèse : le péché originel. L’homme est capable de vice et de vertu. Les solutions qu’il entend apporter sont humaines, avec des moyens humains, appliquées par des humains. Dès lors, elles sont faillibles, car chacune de ses solutions ne peut qu’être imparfaitement appliquée. Si l’homme était parfait même le communisme pourrait fonctionner. Ou plutôt non. Nous n’aurions même pas besoin du communisme !

Sauf que l’homme n’est pas parfait. Il faut donc trouver une solution viable. Et à ce titre, il n’y a pas de « bon » ou de « mauvais » libéralisme. Le libéralisme n’est pas pour un bouleversement de la société avec une solution miracle. Il cherche simplement à trouver une solution par tâtonnement, en laissant s’exprimer le bon sens et les traditions, ce qui ne peut se faire que si l’homme est réellement libre.

La défense du libéralisme, une histoire de bonne volonté

Voilà pourquoi une critique du libéralisme assimilé à l’ultralibéralisme me parait simpliste. Sans être un libéral acharné, je suis de ceux qui pensent que les auteurs dit « libéraux » ont forgé au cours des siècles une pensée pleine de richesse. Il serait regrettable de s’en couper dans un rejet simpliste et opportuniste. Tout n’est pas bon à prendre, mais je suis convaincu que ma foi peut me servir d’éclairage dans cette sélection.

Je peux être d’accord sur les effets dénoncés, mais pas sur les causes. Et c’est là que le bât blesse. Car si les causes ne sont pas les bonnes, on n’obtiendra pas les bons effets en voulant les soigner. Au mieux on ne changera pas grand-chose, au pire on ne fera que creuser les effets pervers.

Quoi qu’il en soit je compte bien défendre le libéralisme tant qu’il sera attaqué de façon aussi simpliste. Et même si ce n’est pas la mode, même si les défenseurs du libéralisme ne sont pas les plus nombreux, cette pensée mérite d’être défendue. “Je sais bien qu’à la fin vous me mettrez à bas; N’importe : je me bats ! Je me bats ! Je me bats!” (Cyrano de Bergerac – Edmond Rostand). C’est ma manière à moi de faire preuve de bonne volonté, car la vérité ne passe pas par la simplification. Et il parait que la vérité rend libre. Et ça tombe bien, les libéraux sont friands de liberté. Mais qui peut attaquer la liberté ?

Fol Bavard / @FolBavard / Blog

29 réponses à “L’ultralibéralisme, ce moulin à vent.”

  1. Phylloscopus_inornatus

    Paradoxalement, je trouve que recadrer et défendre ce qu’est le libéralisme aboutit in fine à… justifier le fait de s’attaquer à un ultralibéralisme !
    Car il existe des libéraux favorables au travail le dimanche, à l’euthanasie, à l’avortement, au nom même du libéralisme – de même qu’il en existe d’opposés – ou encore des libéraux pour déclarer qu’il faut interdire les initiatives non marchandes, ou encore les associations à but non lucratif, car leur activité aboutit invariablement à “fausser le marché”. Bref: le libéralisme est une pensée complexe, soit – le socialisme aussi, soit dit en passant, et d’autres encore, dont on ne se soucie guère lorsqu’il s’agit de les dénoncer ou de se déclarer “anti”. Mais cela exclut-il l’existence d’un courant qui considère que la seule liberté qu’il y ait lieu de préserver, soit celle d’augmenter sa propriété (ou, formulé autrement, que le droit de propriété prime sur tous les autres), allant jusqu’à considérer que l’on peut réduire drastiquement les autres libertés aux fins de favoriser la précédente ? Il n’y a pas à aller bien loin pour trouver des expressions de ce courant: vous en avez vous-même donné. Vous préférez l’appeler appât du gain – reste qu’il s’appuie ouvertement sur le libéralisme pour théoriser ce qu’il veut autoriser, et interdire. Il n’y a là rien de nouveau, d’ailleurs: tous ceux qui ont cherché à défendre un pouvoir et un intérêt propres contre celui du plus grand nombre ont su se trouver un habit de défenseurs du bien et de la liberté. Autant ne pas se voiler la face: parler d’ultralibéralisme pour désigner un verbiage libéral emballage de la goinfrerie irresponsable décomplexée n’a rien de scandaleux.
    D’autre part, quelle que soit la pensée libérale, son procédé par tâtonnements, cette forme “d’on-verra-bien-isme”, tout en sachant très bien qu’on évolue là dans un monde marqué par le péché originel, prend tout de même des allures d’ouvrir la vanne et de rejeter la responsabilité sur l’eau… Le libéralisme, lui aussi, marcherait si le monde était parfait et si l’homme n’était pas l’homme, c’est-à-dire prompt à se laisser gouverner par son ventre. Qu’on permette aux mâchoires de claquer en sachant qu’elles n’ont pas toutes la même taille, ou qu’on interdise aux mâchoires d’une certaine taille de claquer après 20 heures, finalement, on n’a là que deux approches symétriques plutôt qu’opposées: dans les deux cas, un choix, qui ne laisse pas plus de liberté réelle aux poissons. Car dans le premier cas, on sait parfaitement, d’avance, qu’il n’y a pas trente-six issues possibles. Faire manger ou laisser manger: une différence plus mince que les anathèmes qui s’échangent.

  2. FolBavard

    La pensée libérale est effectivement, comme d’autres, complexe. Le but de ce billet était avant tout de dénoncer une utilisation excessive du terme ultralibéralisme, et de montrer qu’il n’y avait pas forcément une contradiction entre libéralisme et catholicisme. Je ne suis pas fan des brevets en catholicité, ni des raccourcis un peu trop rapides.

  3. Phylloscopus_inornatus

    Reste que les raccourcis vont dans les deux sens, de même que les simplifications réductrices, ou les brevets de catholicisme (en tant que “catho de gauche” à la base, je vous laisse imaginer ce que j’ai entendu: “ah bon, ça existe ? Va falloir m’expliquer, ou plutôt non…” est la version la plus gentille et de loin 😉 ) Néanmoins, si on définit l’ultralibéralisme comme la croyance que la cupidité doit être libre de se déchaîner, en nous promettant son auto-régulation comme lendemain qui chante, alors, je ne vois pas trop de vocable plus efficace (ceci sans présumer de la proportion des libéraux qui porte un tel projet pour la cité). Ni qu’il soit utilisé de manière excessive, car ce projet politique n’est pas vraiment marginal, de nos jours…

  4. Basta

    Assez d’accord avec toi sur l’appellation “ultralibéralisme”. C’est fourre-tout dans lequel on ne sait pas trop ce qu’il y a mais qu’on aime bien mettre au pilori.
    Pour le reste, ma réponse sera bientôt là 😉

  5. Naméo !

    « cela exclut-il l’existence d’un courant qui considère que la seule liberté qu’il y ait lieu de préserver, soit celle d’augmenter sa propriété (ou, formulé autrement, que le droit de propriété prime sur tous les autres), allant jusqu’à considérer que l’on peut réduire drastiquement les autres libertés aux fins de favoriser la précédente ? » – Vous faites allusion aux subventions ?

    « Le libéralisme, lui aussi, marcherait si le monde était parfait et si l’homme n’était pas l’homme, c’est-à-dire prompt à se laisser gouverner par son ventre. » – En tant que théorie du pouvoir limité et reconnaissance de notre faillibilité intellectuelle et morale, le libéralisme serait plutôt une mise en garde contre l’imperfection de l’homme. Mise en garde que ne prennent peut-être pas au sérieux ceux qui ambitionnent de « corriger » la société et le marché (qui n’est que le versant monétaire de la société) en se fiant par trop aveuglément à leurs capacités intellectuelles ou pis, aux capacités intellectuelles d’une poignée d’hommes qui, comme vous le dites si bien, restent des hommes, ne sont pas parfaits et se laissent gouverner par leur ventre. Nul n’est tenu pour cette seule raison d’adhérer à tout ce qui sort de la pensée libérale, mais il ne faudrait pas prendre cette dernière pour plus naïve (ou hypocrite, selon le point de vue) qu’elle n’est.

  6. FolBavard

    J’avoue avoir découvert cette année la richesse des “cathos de gauche”, ce qui me conforte même dans ma position. Puisqu’il y a tant de richesse, laissons la s’exprimer de façon contradictoire, loin des brevets en catholicité.
    L’ultralibéralisme, est une dégéneressence nuisible du libéralisme. Et à ce titre devrait être combattu main dans la main par les anti-libéraux et les libéraux.
    Quant à un hypothétique projet politique, pas en France en tout cas. D’ailleurs je ne vois même pas trop où. Tant que l’Etat demeure en mesure d’agir par des lois, on en est loin.

  7. Benoit

    @Naméo, vous parlez du Libéralisme “en tant que théorie du pouvoir limité”.
    Cette affirmation me semble intéressante et à creuser. Qu’entendez vous par là ?

    Selon moi, Le libéralisme naît historiquement d’une redéfinition de la liberté. Ce concept se trouvant délié de sa dimension relationnelle (telle qu’on la trouvez chez Aristote et Thomas d’Aquin) au profit d’une définition de la liberté comme “pouvoir propre”. On trouve ce glissement à partir de Hobbes, puis chez tous les auteurs.
    En ce sens (historique) le libéralisme me semble bien plus lié à une vision de la liberté comme pouvoir illimité que comme pouvoir limité.

    PS: Poke pr les commentaires de Fol et de Basta

  8. charlesvaugirard

    “L’ultralibéralisme, est une dégéneressence nuisible du libéralisme. Et à ce titre devrait être combattu main dans la main par les anti-libéraux et les libéraux.” Donc nous sommes d’accord pour dire qu’il existe bel et bien ?

    L’ultralibéralisme est un extrême. Toute idée, famille de pensée à ses ultras (les cathos ont les leurs aussi comme tout groupe constitué), et les libéraux ne font pas exception. Cette désignation est utilisée à l’extérieur de ces groupes, donc il y aura toujours des débats sur le caractère ultra de tel courant, mais cela ne veut pas dire que ça n’existe pas.

    Dans les années 1990 il y avait d’ailleurs un débat entre libéraux au sein du PR (Parti républicain français, composante de l’ex-UDF). Une frange du PR était très libérale (ultra ?) avec Alain Madelin. Une autre était beaucoup plus modérée avec Gilles de Robien. Robien qui était même partisan de la réduction négociée du temps de travail (la loi Robien qui faisait presque figure de pré-Loi Aubry).

    Robien et Madelin étaient deux libéraux et pourtant beaucoup de choses les opposaient et cela à conduit à une scission au sein du PR.
    Cela montre bien la diversité de la famille libérale et cette diversité peut s’exprimer en degré… d’où le recours au préfixe “ultra” que certains ont utilisé pour Madelin (je ne me prononce pas personnellement sur Madelin) et qui pourrait servir à divers courant.

  9. charlesvaugirard

    J’ajoute que Gilles de Robien, en plus d’être libéral est catho de gauche 😉

  10. Lactimelle

    Il y a en effet beaucoup de confusions qui sont faites dans le libéralisme. D’abord une première entre les libéraux et les libertariens. Défendre la liberté dans les échanges économiques n’empêche pas d’avoir une réflexion éthique et sociale. A ce titre, il est parfaitement compatible de suivre la poursuite du bien collectif et celle de la maximisation du profit. John Rawls a passé des décennies à théoriser cela, bien mieux que je ne saurais jamais le faire, j’encourage donc vivement à lire ses écrits décrivant l’articulation libéralisme-justice. Quant au fait que dans toute entité collective, la pensée ne soit pas uniforme, cela me paraît assez évident. Chez les libéraux pas plus que chez les autres. A ce titre, il n’y a aucune raison pour que les moeurs, n’en déplaise à Patrice de Plunkett, échappent au champ de la pensée multiple. Y compris parmi les catholiques les plus fervents, qu’ils soient libéraux, socialistes, écologistes, libertaires, frontistes, etc. Ça ne veut pas dire que l’idéologie économique et sociétale dans lequel chacun se reconnaît n’est en soi porteuse d’une position arrêtée sur la désirabilité de certaines moeurs minoritaires. Et sur le plan individuel aussi bien que collectif, les moeurs que l’Eglise dénonce aujourd’hui, que sont l’euthanasie et l’instrumentation du corps humain via certaines formes de procréation, ne semblent pas maximiser le profit que peut retirer l’individu de ces pratiques (sauf à considérer que l’on tire profit de sa propre mort ou que l’argent retiré de l’utilisation de son corps à des fins commerciales dépasse en valeur le sacrifice humain de cet acte dans le cadre de la GPA). Quant à ce qui est évoqué par Patrice de Plunkett, à savoir le libertinage, il n’existe pas à ma connaissance de corrélation systématique entre son développement et celui d’une plus grande ouverture des échanges économiques et de la liberté d’entreprendre. Et il serait bon également, quel que soit la position que l’on adopte par rapport aux lois sur les unions homosexuels, de ne pas confondre échangisme et mariage (lequel inclut un engagement), qui sont a priori incompatibles par nature.

  11. Basta

    “Ça ne veut pas dire que l’idéologie économique et sociétale dans lequel chacun se reconnaît n’est en soi porteuse d’une position arrêtée sur la désirabilité de certaines mœurs minoritaires.”

    Je pense que nous touchons ici, au détour d’une phrase sensée, un point très important. Pour moi, le Chrétien ne peut s’attacher à une idéologie. Celle-ci le renferme dans une certitude qui peut être dangereuse et est néfaste en ce qu’elle s’attache à défendre une vérité particulière.
    Je pense que le Chrétien ne doit pas s’attacher à une idéologie mais à un idéal. L’idéal, on s’en approche, on le cherche, on tâtonne pour toujours plus de vérité sur un domaine mais elle ne nous appartient jamais.
    Dans l’idéologie, on applique un système et, quand il faut en sortir, on a bien du mal à le faire…

    Ensuite sur le lien entre libéralisme économique et “libertarisme”, il est à mon avis à chercher dans la vision que l’on a de l’individu, qui se réduit aujourd’hui à un consommateur (je parle aussi bien d’un point de vue personnel dans certaines de nos attitudes que dans celui du système/structure de pêché). C’est la logique de l’accroissement des richesses qui sous-tend cela. L’atomisation des rapports entre personnes permet la création d’un consommateur consommant toujours plus. Je ne pense pas qu’il y ait de complot (loin de moi cette idée là). En revanche, la volonté de vouloir toujours posséder plus, implique, à un moment ou à un autre, de désolidariser les rapports car l’autre me coûte et m’empêche de satisfaire mon désir de possession.
    Je mettrais donc en parallèle les changements de mœurs mais il me paraît pertinent de constater qu’à l’ère de la consommation comme finalité, on réduit l’autre à un objet (donc consommable).
    Il me paraît ainsi que P. de Plunkett n’a pas tort dans son analyse. Qu’il existe bien un lien entre les deux. Peut-être pas causal (à creuser… 😉 ).

  12. Vieil imbécile

    🙂 ça en fait des thèmes…
    Sans espérer y parvenir, je vais quand même essayer d’apporter quelques cailloux ou grains de sable, je ne sais pas trop…
    . Il me semble qu’il y a un vers dans le fruit dans le libéralisme, ce postulat que le moteur de l’homme est l’appât du gain. Je vois le contraire chaque jour. Dans nos actes au quotidien la gratuité est omniprésente. Nos gestes attendant une récompense sont à l’inverse finalement assez rares.
    . Les critiques du libéralisme procèdent hélas souvent du même principe que les critiques de systèmes. Étatisme, christianisme, gender… c’est tellement plus commode d’en dresser une caricature afin de le dégommer. On en fait une lecture rapide, récoltant tous les extraits qui vont nous permettre d’exercer notre verve, on choisit les porte-drapeaux les plus choquants et absurdes. Le contraire de la lecture bienveillante que réclamait Benoît XVI. Nous sommes sûrs ainsi de ne pas faire avancer le débat, mais nous ressentons la satisfaction du devoir accompli. De l’autre côté de la barrière, lorsque par exemple un cathophobe stigmatise notre foi en citant Williamson, ou en extrayant quelques versets de la Bible bien choisis, ou en citant tronqué ou hors contexte des propos papaux, nous sommes ulcérés. Et nous appliquons quelques minutes après le même procédé…
    . Sommes-nous aujourd’hui dans un régime libéral en France ? je gage qu’à cette question les réponses divergeront radicalement puisque s’il y a un point sur lequel se retrouvent libéraux et anti-libéraux, c’est bien celui-là : le système actuel ne va pas du tout, mais alors pas du tout… cette simple constatation montre à l’évidence (« tout le monde sait bien que… » comme dirait mon cher père) que le préambule à tout débat – la définition des termes – n’a pas été effectué.
    . S’il y a une chose, dans ce domaine, dont je suis convaincu, c’est que la révolution ne « marche » pas. Biffer tout d’un trait et recommencer à zéro ne marche pas. C’est juste une manifestation de notre orgueil. Vous vous êtes tous trompé, et JE vais vous montrer ce qu’il faut faire. Quand un mouvement est ainsi sourcé par l’orgueil, il va à l’échec.
    . Et puis… peu (peu à prendre au sens strict… ça importe, mais pas tant que ça…) importe le système, finalement. Il s’agit avant tout de conversion personnelle. Je crois fermement que chaque système est globalement bon si les acteurs ont le bien commun en ligne de mire. Le tout est de bien définir le bien commun. Je crains qu’un bien commun sans référence extrinsèque (Dieu, bien sûr…) ne peut qu’être pire que tout. Il devient « bien » de la majorité (démocratie), voire « bien » d’une minorité-élite (dictature), et finalement « mal ». C’est le fameux « bien » de la bien-pensance, si justement et férocement 🙂 torpillé par Muray.

  13. Basta

    @Vieil Imbécile : pas si imbécile que ça apparemment. Il y a du bon dans ce que vous dîtes 😉

  14. Vieil imbécile

    Encouragé par Basta, je poursuis (un peu).
    Il me semble aussi que chaque système a ses périodes de prédilection. Le libéralisme a eu ses périodes de glouââre dans la deuxième moitié du XXe. Il a été plus efficace (le mot serait à préciser, bien sûr, mais on va essayer de faire simple…) que ses “concurrents” (étatisme et semi-étatisme). C’est ainsi que l’Europe Continentale s’est sentie obligée de virer progressivement vers le libéralisme, devant la croissance anglo-saxonne. La recette Reagan de baisser drastiquement les impôts pour relancer la machine économique et combler par l’activité le déficit fut remarquablement efficace. Oui, mais voilà. Toutes les tentatives ultérieures de reproduction de ce “miracle” ont échoué (les US en sont l’exemple patent ces jours-ci). Il me semble que le libéralisme n’est plus le meilleur de la classe dans nos économies saturées, pour qui tout surcroît de croissance ne peut venir que d’un surplus de consommation futile. Le redressement des économies scandinaves, qui font maintenant des pieds-de-nez aux économies anglo-saxonnes, me semble révélateur. Le retour d’un étatisme plus régulateur, une fois que le foisonnement du libéralisme atteint sa limite, me semble de plus en plus convainquant. Evidemment, tout ceci contredit la neutralité de certains de mes points précédents… mais… je suis vieux et imbécile, n’est-ce pas ? Il faut me pardonner.

  15. Vieil imbécile

    Et puis… petit poke à Benoît, des Cahiers Libres : nous avons fasmiquement abordé certains de ces thèmes jeudi soir…

  16. ThéophileR

    “L’infrastructure détermine la superstructure” disait Marx.
    En conséquence, le libéralisme économique engendre une société libertaire.
    Or, une société libertaire n’est pas souhaitable car elle ne respecte pas la vie humaine.
    Le libéralisme économique est donc mauvais, cqfd 🙂

  17. Vieil imbécile

    @ThéophileR 🙂
    C’était une des critiques de Hannah Arendt envers Marx : “Vous savez que Marx croyait encore, d’une certaine manière, que si l’on laisse les hommes livrés à eux-mêmes — la société corrompt l’homme — et si l’on transforme la société, l’homme réapparaîtra. Il réapparaîtra ? Dieu nous en garde ! Cet optimisme traverse l’histoire de bout en bout. Comme vous le savez, Lénine a dit un jour qu’il ne comprenait pas pourquoi il devait y avoir des lois pénales puisque, en effet, une fois que les conditions auront été changées, chacun empêchera chacun de commettre un crime — avec la même évidence que tout homme s’empressera de venir en aide à une femme en détresse. Pour moi, cet exemple de Lénine appartient typiquement au XIXe siècle, n’est-ce pas ? Nous ne croyons plus à tout cela.”

    Quand l’hypothèse d’une démonstration est contestable, voire ridiculisée, la démonstration ne vaut plus 🙂
    Marx ne croyait pas en la liberté de l’homme. Les structures pécheresses pour lui aboutissent inexorablement au péché.
    Je crois que l’homme, non seulement passe l’homme, mais en plus passe les structures…

  18. charlesvaugirard

    @VieilImbécile

    “Le retour d’un étatisme plus régulateur, une fois que le foisonnement du libéralisme atteint sa limite, me semble de plus en plus convaincant.”

    Je suis d’accord. Le libéralisme (ultra?) de Reagan and co peut en effet permettre un décollage économique dans certaines circonstances. En revanche il peut creuser des inégalités et causer des injustices sociales. C’est pour ça qu’après des périodes très libérales (produisant des richesses) il est bon qu’il y ait une régulation qui assainit tout ça et permette une redistribution des richesses.

    J’ajouterais qu’au XIXéme siècle, au début de la révolution industrielle il n’y avait ni régulation, ni droit du travail. L’industrie est partie en flèche, les richesses étaient colossales… mais sans aucune redistribution car les ouvriers avait un revenu de misère. Cela a généré des luttes sociales effroyables : révoltes des canuts, juin 1848, commune de Paris etc. Le communisme a été conçu dans ce contexte… et les catholiques sociaux ont tenté de répondre à cette crise sociale, la DSE vient de là.
    Depuis nos sociétés se sont organisées, le droit social a été mis en place. Certes il y a encore des conflits sociaux (grève etc) mais ces conflits ne sont rien comparés à ceux du XIXeme. Il y a donc eu un vrai progrès social avec des résultats.

  19. Basta

    @CharlesVaugirard et @VieilImbecile :
    Assez d’accord aussi mais j’aurais du mal à voir une logique applicable “dose de libéralisme au départ puis limitation de celui-ci par l’État”. Ceci pour deux raisons me semble-t-il :
    1 – le libéralisme a ceci de puissant qu’il dépossède l’État de son pouvoir, laissant à l’économie une quasi hégémonie. Il devient alors difficile de rendre à l’État ce qui ne lui appartient plus. A moins d’en repasser par un stade semi-révolutionnaire (exemple islandais récemment) ou de trouver du politique avec une paire de c… mais bon, c’est rare.
    2 – le changement le plus profond à réaliser se situe dans chaque personne. Pas facile d’accepter de revenir à un mode de consommation moins gourmand, accepter de gagner moins etc. Bref, à l’ère de la démesure, difficile de ramener de la mesure. Travail de longue haleine que l’on voit cependant commencer aujourd’hui, petite perle d’espérance.

    Bref, ce sera l’objet d’autres billets mais je fonde plus d’espoir dans la naissance d’un nouveau modèle de société que dans une jugulation du libéralisme par l’Etat.

    To be continued.

  20. DidierF

    Lisez Michea, il donne une bonne définition du libéralisme. Il montre le lien entre le libéralisme et le socialisme. Il établit que l’état instaure le libéralisme. L’évolution actuelle est juste le triomphe absolu du libéralisme.

  21. Vieil imbécile

    @Basta…
    C’est là me semble-t-il que nous devrions essayer d’établir si nous sommes en libéralisme. Mon point de vue est assez mitigé là-dessus, et pour tout dire, il me semble que l’état fait le contraire de ce qu’il devrait faire. Dans son Essai sur la révolution, Hannah Arendt – oui, je continue sur elle 🙂 – disait que dès que l’état quittait la sphère politique et s’immisçait dans la sphère compassionnelle, ça se passait mal. Elle opposait ainsi les échecs des révolutions françaises et russe et le succès de la révolution américaine. On doit pouvoir tempérer ce point de vue :).
    Mais. Autant la présence de l’état dans la sphère économique me semble insuffisante, et je regrette infiniment que les états n’aient pas profité de la crise de 2008, cette faillite des marchés financiers et des entreprises, pour reprendre le pouvoir financier et industriel. L’état a sauvé de la catastrophe les marchés financiers et les entreprises, et s’est gentiment retiré ensuite, sans imposer les réformes nécessaires. Oui, cher Basta, en 2008 les états avaient la possibilité de reprendre le pouvoir économique. Ils ne l’ont pas fait.
    En revanche dans d’autres sphères, jamais l’état n’a été aussi présent, aussi intrusif, aussi perturbant. J’en mentionnerai quelques-unes : l’école, l’éducation, le patrimoine privé, l’entrepreneuriat. Dans ces domaines, il me semble difficile de marteler que nous sommes dans un régime libéral. L’état a confisqué la notion de bien, et de plus en plus la justice suit pour imposer ce bien, au besoin par la force.
    Lapidairement (et laidement, certes…) nous devenons socialement libéraux et sociétalement étatistes.
    Il me semble bien que nous devrions tendre vers l’exact opposé. Il n’est pas du rôle de l’état (d’un état laïc, en tout cas !) de mettre son nez dans nos mœurs et nos convictions. Et pourtant, c’est bien ce qu’il fait, les déclarations de Monsieur Peillon sont bien éclairantes à cet égard.

  22. charlesvaugirard

    @VieilImbécile

    Je réponds à vos commentaires précédents :

    “Dans nos actes au quotidien la gratuité est omniprésente. Nos gestes attendant une récompense sont à l’inverse finalement assez rares.” Hélas, je fais le constat inverse que le votre. Dans l’économie, le monde du travail, la politique je vois assez peu de gratuité. Croyez-vous que dans le commerce ou la relation de travail il y ait autant de gratuité ? Quand une société licencie massivement pour s’installer au bangladesh ? Quand on voit des entreprises comme Gleeden se monter ? Quand on voit ce consumérisme, ces pubs incitant à consommer toujours plus, où est la gratuité dans tout ça ? Ne rêvons pas, il y a des choses très problèmatiques dans notre société de consommation, et il est normal de les dénoncer. Les prophètes de l’ancien testament le faisaient bien (cf Amos).

    “Je crois fermement que chaque système est globalement bon si les acteurs ont le bien commun en ligne de mire.”
    Là aussi je suis réservé. Certes, si tous les hommes sont bons et saints, tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes… hélas ce n’est pas le cas. Donc il faut installer des gardes fous, c’est le rôle du droit.
    Concernant les structures je rappelle que Jean-Paul II a dénoncé ce qu’il appelait les “structures de péché”. Notion qu’il a d’ailleurs exprimé dans des encycliques sociales (sollicitudo rei socialis) et ce qui lui a valu de recevoir des volées de bois vert de la part de certains libéraux. Je pense notamment à une émission de radio où un libéral conservateur avait surnommé cette encyclique de JPII “sollicitudo rei socialisTE”… Il serait d’ailleurs intéressant d’étudier cette notion de structure de péché.

  23. Vieil imbécile

    @Vaugirard tss tss tss… j’écrivai : “Dans NOS actes…”. Bien entendu votre constat au niveau global est juste, mais… c’est un peu une porte ouverte, c’est le sujet sous-jacent de toute le thème : au niveau macro, ça ne va pas, on est d’accord . Mon point est que l’homme ne fonctionne pas intrinsèquement pour son profit. Ce que je constate c’est que dans l’entreprise, la motivation de la plus grande partie de nos gestes individuels est gratuite. Et c’est cela qui fait fonctionner l’entreprise. Il y a certes un effet de contamination (ça rejoint là la notion de structure de péché…). Si mon voisin se fait rémunérer pour quelque chose que je fais quotidiennement, je vais réclamer. Si mon entreprise me reproche d’avoir passé du temps à des activités gratuites et invisibles, et me sanctionne, je vais tendre vers moins de gratuité. Si mon salarié me réclame une récompense à chacun de ses succès, je vais avoir tendance à moins favoriser la gratuité… Mais tous les jours je suis émerveillé de la gratuité qui règne. Ces services rendus. Ces travaux discrets. Ces formations spontanées. Ces sourires. Ces encouragements. Cette sympathie. Ces secrétaires qui font un travail de fourmi pour aider, y compris pour aider certains requins égocentriques (oui, ça existe aussi). Oui, je crois que la gratuité est inscrite dans nos gènes, et qu’elle est plus ou moins obérée par nos blessures.
    En ce qui concerne les structures de péché chères à Jean-Paul II, j’avais à dessein utilisé le terme de structure pécheresse pour m’en débarquer. Une structure de péché est un environnement qui nous pousse – évidemment ou subrepticement – à passer du bien au mal. Une structure pécheresse est une structure très imparfaite qui sans la sainteté individuelle restera pécheresse. Il y a une dynamique vers le mal dans la structure de péché. La structure pécheresse n’a pas de dynamique.

  24. Nelson

    Tout d’abord, merci à tous pour votre participation intelligente et profonde sur ce sujet délicat. Il est réellement enrichissant de vous lire!

    Maintenant, je me permets à ma hauteur de jeune imbécile d’apporter quelques remarques.

    N’ayant absolument pas les connaissances nécessaires en économies, je ne parlerai pas de cela, mais des sujets reliés qui sont apparus dans les commentaires.

    La liberté.
    Ah! Si l’on doit commencer à se taper dessus pour des définitions mal déterminées, on aurait pu commencer par celle-là!
    En pratique, quel courant politique n’utilise pas ce mot? Seulement il ne s’agit jamais de l’appliquer de la même façon ou au même domaine. Mais pour nous chrétiens, et pour vous qui venez de réfléchir sur la bonté spontanée non-systématique de l’Homme, quelle doit être la liberté?

    Je tente : la liberté c’est ce qui nous permet de faire ce que nous jugeons comme faisant partie du Bien à notre échelle mais ne nous permet pas de faire du Mal à une trop grande portée.
    Nulle comme définition, mais quand même, elle répond aux problématiques de bases : que l’humanité tende vers le plus grand bien, sans partir du principe que tout home que l’on laisse libre de ses actions va contribuer à faire ce bien).

    “le changement le plus profond à réaliser se situe dans chaque personne. Pas facile d’accepter de revenir à un mode de consommation moins gourmand, accepter de gagner moins etc. Bref, à l’ère de la démesure, difficile de ramener de la mesure. Travail de longue haleine que l’on voit cependant commencer aujourd’hui, petite perle d’espérance.”
    > Le changement de chaque personne, pour que tous décident d’agir dans le Bien.
    On retombe alors sur nos problèmes actuels.

    Comment justifier que les parents soient de moins en moins libres d’éduquer leurs enfants (je ne parle même pas spécialement du gender, il y a aussi simplement l’imprégnation du système de compétitivité dans l’école, de celui de consommation,…)? que l’on ne puisse pas choisir d’adapter son mode de vie à ses attentes environnementales (l’interdiction de ne pas rattacher sa maison à l’eau “municipale” (traitée par des entreprises privées mais l’obligation de raccordement est municipale)?

    A rajouter aussi, tous les exemples sus-cités de “freins aux bonnes actions (aux gratuités) quotidiennes”. Sur ce dernier point je voudrais rajouter un exemple concret :
    Ce matin,en faisant le point dans le service de Prise en charge de la douleur chronique, on s’est aperçu que les médecins du service ne se font pas facturer leurs actes comme ils pourraient le faire… parce qu’ils n’ont jamais cherché à gagner plus d’argent (il s’agissait simplement de coder leurs actes différemment, la “nouveauté” a maintenant plus de 5 ans), malgré l’administration hospitalière qui fait pression pour que le service en ramène davantage. Coup de bol, on va pouvoir presque doubler les recettes juste en cotation, ce qui évitera d’avoir à accélérer la cadence et à mal s’occuper des patients… Si cela n’avait pas été le cas, nous n’aurions pas eu d’autre choix que de dégrader notre travail. Alors, la faute des individus ou de l’organisation? (Je vous aide, l’organisation est prévue pour améliorer la rentabilité parce qu’elle part du principe que la travailleur salarié ne se démènera pas si on ne l’y oblige pas)

    Libéralisme, socialisme, bidul-isme… On aura vraiment gagné lorsque l’on pourra agir selon sa conscience sans que cela nous conduise à la marge du système.
    … Ce qui implique que le pouvoir de chaque homme (est-ce que pouvoir = argent ?) soit limité pour qu’il ne puisse pas en obliger d’autres à agir hors de leur conscience (des fois que tout le monde n’aurait pas la même notion du Bien vers lequel tendre).

  25. Vieil imbécile

    🙂 Entre imbéciles, jeune ou vieux, on se comprend plutôt bien. J’aime votre “On aura vraiment gagné lorsque l’on pourra agir selon sa conscience sans que cela nous conduise à la marge du système”. Bien sûr, pour cela, il faut que notre conscience accepte d’être éclairée, accepte de n’être pas “seule maîtresse à bord”, accepte de se subordonner au bien.
    En parlant d’imbéciles, je trouve que notre ami fol n’est plus trop bavard, et laisse bien seuls ses commentateurs… Est-ce de l’indifférence ? ou bien est-ce un regain de motivation pour ses chères études ?
    #Ahem
    😉

  26. Basta

    @Nelson : “Je tente : la liberté c’est ce qui nous permet de faire ce que nous jugeons comme faisant partie du Bien à notre échelle mais ne nous permet pas de faire du Mal à une trop grande portée.”

    J’irais un peu plus loin, la liberté permet de choisir le bien autant que le mal. Pour le Chrétien, cela veut dire à choisir Dieu ou l’absence de Dieu.

    Si l’on pousse le raisonnement, on peut dire que le péché est un asservissement car il nous entraîne vers une passivité, le péché étant une tentation, y succomber c’est faire diminuer sa liberté puisqu’on n’est plus acteur de ses choix. On vogue au gré des tentations. On peut alors dire que la vraie liberté réside en Dieu, dans le choix radical de toujours lui faire confiance en tout. Qui là n’est pas asservissement mais Foi, c’est à dire confiance en lui parce qu’il sait mieux que moi ce qui est bon pour moi.

    Hors de Dieu, point de liberté en fait 🙂

    Mais bon, c’est un aparté 🙂

  27. FolBavard

    @Vieil_Imbecile : Mes etudes ! Et le fait qu’il n’y ait pas d’alertes m’indiquant les nouveaux commentaires comme j’en ai l’habitude…

Laisser un commentaire

Les balises HTML usuelles sont autorisées. Votre email ne sera pas publié.

Abonnez vous aux fil des commentaires RSS