Dans le monde sans en être

Lectio de la Solennité du Christ Roi (dernier dimanche d’octobre)

Dimanche 27 octobre 2013

Forme extra-ordinaire 

Evangile de Jésus-Christ selon Saint Jean (18, 33-37)

En ce temps-là : Pilate dit à Jésus : Es-tu le roi des Juifs ? Jésus répondit : Dis-tu cela de toi-même, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? Pilate répondit : Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les princes des prêtres t’ont livré à moi ; qu’as-tu fait ? Jésus répondit : Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu, pour que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mais mon royaume n’est point d’ici. Pilate lui dit alors : Tu es donc roi ? Jésus répondit : Tu le dis, je suis roi. Voici pourquoi je suis né, et pourquoi je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité, écoute ma voix.

 

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L’Evangile de ce jour est un extrait de la Passion de Jésus-Christ selon Saint Jean. Jésus est interrogé au prétoire par Pilate. Pourtant, aujourd’hui, ce n’est pas la tristesse qui nous prend à la lecture de ces versets; au contraire, cet extrait nous éclaire sur la royauté divine du Seigneur et sur sa gloire.

Pilate, quoique païen, perçoit qu’il émane de Jésus quelque chose de grand. Il lui demande alors s’il est le roi des Juifs car il sait que les Juifs qui ont fait condamner le Christ lui reprochent de s’être dit leur roi. C’est pourquoi le Christ répond à Pilate par une question qui vient troubler Pilate. « Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? ». A travers Pilate, c’est nous qui sommes interrogés par le Christ : « est-ce que tu crois réellement que je suis roi du Paradis ou est-ce que tu dis cela parce que tu l’as toujours entendu dire ? ».

Pilate se lave déjà les mains de toute accusation envers Jésus. « Ta nation » t’a livré à moi, lui dit-il ; « qu’as-tu fait » pour ainsi comparaître devant moi ? C’est donc bien la royauté du Christ le crime reproché. « Le Sauveur cherche à relever les idées de Pilate qui n’était pas absolument mauvais, il veut lui prouver qu’il n’est pas simplement un homme, mais qu’il est en même temps Dieu et le Fils de Dieu; et il éloigne tout soupçon d’avoir aspiré à la royauté (ce qu’avait craint jusqu’à présent Pilate): «Jésus répondit: Mon royaume n’est pas de ce monde» »[1].

Juifs et Gentils reprochent à Jésus de vouloir s’emparer injustement d’un pouvoir qui viendrait en concurrence à leur domination temporelle. Notre Seigneur explique que sa royauté n’a pas l’origine de celle des princes de la terre. Son royaume n’est point d’ici. Il ne dit pas que son royaume n’est pas « dans le monde », mais qu’il n’est pas « de ce monde ». Car son royaume est bien également « sur la terre comme au ciel ». Il existe avant le monde et lui survivra, il n’est soumis à aucune loi, aucune limite temporelle.
Le sauveur n’a besoin d’aucun appui, d’aucun secours, d’aucun « serviteur » pour imposer au monde sa suprématie, et montre par là que c’est bien de sa propre volonté qu’Il accepte de se livrer à ses ennemis. Sinon, ses « serviteurs » auraient combattu pour lui. Par cette réponse Jésus dissipe le soupçon de rébellion que Pilate avait à son encontre.

Mais Pilate veut connaître la vérité et pour la seconde fois lui demande« Tu es donc roi ? ». « Et le Christ lui aussi, répond pour la seconde fois. Comme il a, la première fois, expliqué en quel sens il n’est pas roi, cette fois, de même, pour répondre pleinement à la demande de Pilate et, en même temps, à la demande de toute l’histoire de l’humanité, de tous les gouvernants, et de tous les politiciens, il répond ainsi : « Tu le dis ! Je suis roi, et je ne suis né, je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité, écoute ma voix. » Associée à la première, cette réponse exprime toute la vérité sur son royaume : toute la vérité sur le Christ-Roi[2]

Pilate_Jesus« Voilà pourquoi je suis né et pourquoi je venu dans le monde» : au moment de la Passion, le Sauveur nous rappelle la beauté du mystère de l’Incarnation qui n’a de sens que par la Croix et la Résurrection.  Et nous renvoie à toute l’histoire de la royauté du Christ au travers de l’Evangile. L’ange Gabriel annonçant à la Vierge qu’elle enfantera un fils qui « sera Fils du Très Haut et le Seigneur lui donnera le trône de David, son Père ». Fils de David, il régnera sur le trône de ce roi, mais son règne à lui, contrairement à celui de son père, n’aura pas de fin. Et les premiers hommes à affirmer cette royauté ne sont pas membres du peuple juif car sa royauté est universelle. Rappelons-nous l’épisode de l’Epiphanie, première fête de la royauté du Christ ; les mages demandent : “Où est le roi des Juifs, celui qui vient de naître ?”  et se prosternent devant Sa majesté, Lui petit enfant dans la crèche.

Jésus est le roi promis et annoncé par les prophètes, celui qu’on « nomme Admirable, Conseiller, Dieu, Fort, Père éternel, Prince de paix. Son empire s’étendra et la paix n’aura pas de fin ; il siégera sur le trône de Dieu et possédera son royaume , pour l’établir et l’affermir par le droit et la justice, dès maintenant et pour toujour » (Is 9, 5-6). Il est le «Premier-né d’entre les morts», « le Prince des rois de la terre» (Ap 1,5). Son royaume est « universel et éternel, royaume de vérité et de vie, royaume de sainteté et de grâce, royaume de justice, d’amour et de paix »[3].

Il est non seulement roi de fait parce que Fils de Dieu, et qu’en ce sens tout a été fait par Lui et toutes les créatures lui sont soumises ; mais également il est roi par la conquête, parce qu’il a racheté son peuple en devenant son Sauveur, son Rédempteur. Sa royauté naturelle l’élève au-dessus des hommes mais pourtant Il se livre à ses sujets par amour pour eux, Il meurt pour eux pour les emmener dans son royaume, et sa royauté déjà glorieuse devient méritée aux yeux de tous.

Et Pilate en portant l’écriteau le nommant « roi des Juifs » au-dessus de sa croix n’a qu’ajouter à sa grandeur. Tous peuvent lire désormais son titre de gloire et « ce qui est écrit est écrit »[4]. Il est ainsi « dressée comme un étendard pour les peuples, les nations le chercheront, et la gloire sera sa demeure » (Is 11,10). Car telle est la Vérité.
Saint Augustin nous enseigne que « lorsque Jésus-Christ rend témoignage, à la vérité, il se rend témoignage à lui-même; car il a dit, en termes exprès: «Je suis la vérité» (Jn 14,6). Mais comme la foi n’est pas le partage de tous, il ajoute: «Quiconque est de la vérité, entend ma voix». Il l’entend avec les oreilles intérieures du coeur, c’est-à-dire il obéit à une voix, ou si vous voulez, il croit en moi. Par ces paroles: «Quiconque est de la vérité», le Sauveur veut faire ressortir l’importance de la grâce, par laquelle il nous appelle selon son décret (Rm 8,28-30) (…) S’il avait dit: Quiconque entend ma voix est de la vérité, on pourrait croire qu’on est de la vérité, parce qu’on obéit à la vérité; mais il dit, au contraire: «Quiconque est de la vérité, entend ma voix». Il entend, il est vrai; toutefois il n’est pas de la vérité parce qu’il entend sa voix, mais il entend sa voix parce qu’il est de la vérité, et que la vérité lui a donné cette grâce. »

Dieu nous donne la grâce d’entendre la vérité, vérité qui réside dans sa divine Parole. Et il nous aide par sa grâce à le suivre et à rester dans la vérité pour rester près de lui dans son royaume. Mais même si nous sommes sujets et serviteurs, le Christ nous rend libres. Et parce que nous sommes enfants de Dieu, nous sommes libres. Libres de le suivre et libres de croire en Lui. Son pouvoir de roi ne s’impose à nous que parce que nous décidons de soumettre notre volonté à Sa volonté. Son règne sur nos âmes est celui de l’amour miséricordieux pour ceux qui entendent et suivent la vérité, et celui de la justice pour ceux qui ne veulent pas de la vérité et qui devront en répondre au jour de la parousie.

 

Que nous faut-il pour entrer dans le royaume de notre Dieu et Sauveur ? Le vouloir.  Il nous suffit de reconnaître que Dieu est roi et que nous sommes pêcheurs. «Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. » (Lc  23,42). Et tel le bon larron, le Christ viendra dès maintenant, dès ici-bas, nous chercher pour nous placer à ses côtés : « aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (Lc 23, 43). Le règne du royaume de Dieu a déjà commencé : « Courage, j’ai vaincu le monde » (Jn 16,33). Notre roi est déjà vainqueur du monde alors soumettons-nous à son pouvoir d’amour pour qu’Il soit à jamais vainqueur de nos âmes.

« Sur son manteau et son armure il porte écrit ce nom :

Roi des rois et Seigneur des seigneurs.

 A lui soient la gloire et la puissance dans les siècles des siècles ».

(Ap 19, 16 ; 1,6)

Ayssalène

[1] St Jean Chrysostome.

[2] Homélie du Bx Jean-Paul II, 25 novembre 1979, Solennité du Christ Roi.

[3] Préface du Christ Roi, missel de 1962

[4] Jn 19, 19-22

 

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