Dans le monde sans en être

François et la réforme de l’Eglise

A Assise le pape bénit un enfant handicapéLe pape François est un pape surprenant. Il déjoue les rumeurs et désarçonne les commentateurs… tout en ayant une constance dans son discours et ses actes.

A Assise, le monde entier attendait une révolution. Les bruits de couloir annonçaient un discours historique dépouillant l’Eglise institutionnelle, et où François renoncerait aux titres pontificaux…

Raté, il n’y a rien eu de tout cela : dans la « salle des dépouilles », où Saint François à retiré ses vêtements de jeune homme riche, François a fait tout autre chose. Il nous a fait entrer dans le mystère de la réforme de l’Eglise : c’est-à-dire qu’il a exhorté toute l’Eglise, donc tous ses fidèles, donc nous tous, à nous dépouiller, à nous réformer, à nous convertir :

« Quand les medias parlent de l’Eglise, ils pensent que l’Eglise ce sont les prêtres, les sœurs, les évêques, les cardinaux et le pape! Non, l’Eglise c’est nous tous. Et nous tous nous devons nous dépouiller de cette mondanité! L’esprit contraire à l’esprit des Béatitudes, l’esprit contraire à celui de Jésus. »

Pour cela, François nous a donné un message clair : aller aux pauvres, accueillir l’étranger et surtout ouvrir son cœur à la souffrance de l’autre :

«Tant de vous, ici, avez été dépouillés par ce monde sauvage qui ne donne pas de travail, qui n’aide pas, et qui est indifférent même si il y a des enfants qui meurent de faim, qui considère comme sans importance que tant de familles n’ont pas à manger, qui n’ont pas la dignité de porter du pain dans la poche, indifférent que tant de gens doivent fuir l’esclavage, la faim, fuir pour chercher la liberté et ils trouvent la mort comme cela s’est produit hier à Lampedusa: aujourd’hui est un jour de pleurs. »

Lampedusa, là où le Pape était allé pour son premier voyage, a encore été le théâtre d’une tragédie. Une embarcation a coulé quelques heures avant, et ce sont plusieurs centaines d’immigrés qui sont morts ou disparus. Le gouvernement italien a décidé d’un deuil national, ce qui est une première pour ce type de naufrage, hélas fréquents au large de Lampedusa. Le précédent voyage papal est sans doute pour beaucoup dans cette mansuétude du gouvernement.

François nous appelle tous au changement par ce cri de révolte devant les injustices de ce monde. Il nous exhorte à la compassion. Mais surtout, il dénonce un ennemi terrible qui nous guette tous : « Ces choses, c’est l’esprit du monde qui les fait! Il est ridicule qu’un vrai chrétien, prêtre, religieuse, évêque, cardinal, pape veuillent aller sur cette voie de la mondanité qui est une attitude homicide. La mondanité spirituelle tue l’âme, tue les personnes, tue l’Eglise. (…) Prions le Seigneur pour qu’il nous donne le courage de nous dépouiller, pas tant de nos vêtements, que de l’esprit du monde qui est l’ennemi de Jésus.»

François est bel et bien un pape réformateur, comme l’ont été tant de papes avant lui : il exerce son ministère de pasteur en guidant son troupeau vers la sainteté. Car la seule réforme qui vaille est une réforme de sainteté et pas seulement une réforme institutionnelle.

Certes, la réforme des institutions est importante, et François semble s’y atteler avec son « G8 ». Mais aucune réforme ne peut tenir si elle ne se fait pas dans la sainteté.

C’est rigoureusement ce que disait Georges Bernanos de Saint François d’Assise. Dans son texte « Frère Martin », l’écrivain catholique comparait le Poverello à Martin Luther :

« On ne réforme l’Eglise qu’en souffrant pour elle, on ne réforme l’Eglise visible qu’en souffrant pour l’Eglise invisible. On ne réforme les vices de l’Eglise qu’en prodiguant l’exemple de ses vertus les plus héroïques. Il est possible que saint François d’Assise n’ait pas été moins révolté que Luther par la débauche et la simonie des prélats.

Il est même certain qu’il en a plus cruellement souffert, car sa nature était bien différente de celle du moine de Weimar. Mais il n’a pas défié l’iniquité… il s’est jeté dans la pauvreté… Au lieu d’essayer d’arracher à l’Eglise les biens mal acquis, il l’a comblée de trésors invisibles, et sous la douce main de ce mendiant le tas d’or et de luxure s’est mis à fleurir comme une haie d’avril… L’Eglise n’a pas besoin de critiques, mais d’artistes… L’Eglise n’a pas besoin de réformateurs, mais de saints. »

Bernanos décrit très bien ce que nous dit le pape François : reconstruire l’Eglise passe par la sainteté de tous ses fidèles.

L’histoire du pauvre d’Assise raconte que le pape Innocent III a approuvé la règle de Saint François après avoir eu un songe mystérieux : il voyait la basilique Saint Jean de Latran s’effondrer, mais un mendiant la soutenait avec ses épaules. Ce mendiant était Saint François d’Assise.

Les saints sont les piliers de l’Eglise. Ce sont eux qui l’empêchent de s’effondrer. Et le pape François, en choisissant le patronage de Saint François nous invite tous à la réforme de l’Eglise, qui est une réforme de sainteté.

Charles Vaugirard

Le songe d'Innocent III

3 réponses à “François et la réforme de l’Eglise”

  1. POUJOL

    Je suis en accord avec l’essentiel du propos, mais cette persistance à vouloir diaboliser celles et ceux qui auraient l’impudence de penser qu’il y a aussi urgence à engager quelques réformes dans l’Eglise, m’est incompréhensible. Comme si on la mettait en danger ! Combien de fois, au Vatican, ai-je entendu des monsignori m’expliquer – comme vous – que ce dont l’Eglise avait besoin c’était de sainteté, pas de réformes. Et que d’ailleurs Saint-François lui-même… Or j’observe que lors du dernier conclave, ce sont les cardinaux qui ont donné pour mandat au pape François de réformer en profondeur. Preuve que la sainteté ne peut pas jouer les caches sexe. Le fait que les “annonces” espérées par les uns n’ont pas eu lieu, hier, ne change rien à l’affaire. Je cite le porte parole du Vatican à propos du G8 : “L’orientation prise par les cardinaux n’est pas seulement cele d’un aggiornamento de la constitution Pastor Bonus. Cela va vers une nouvelle constitution car les cardinaux ne sont pas venus pour des retouches, des changements cosmétiques…. » Alors oui à la sainteté, mais pourquoi cette allergie à l’idée que cette quête puisse s’accompagner de réformes dans l’Eglise ?

  2. charlesvaugirard

    Merci pour votre commentaire, il me permet d’ailleurs d’expliciter mon propos.

    Il n’y a pas d’opposition frontale entre sainteté et réforme institutionnelle (d’ailleurs je dis que celle-ci est importante). Mais la réforme institutionnelle commence par la quête de la sainteté et cette quête touche toute l’Eglise, pas seulement les 44ha du Vatican. La sainteté doit même être même la matrice d’éventuelles réformes.

    Enfin, je ne veux pas diaboliser ceux qui appellent aux réformes car… la Curie romaine en a besoin. Nous sommes très nombreux à le soutenir et, en effet, les cardinaux ont insisté la dessus lors du conclave. Mais François, en réformateur qu’il entend être, se place sous le patronage de St François et donc il associe cette nécessaire réforme institutionnelle (Pastor Bonus et cie) à la conversion de tous… et il place même cette conversion en premier, comme préparant et précédant toute réforme.

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