Dans le monde sans en être

Face au libéral-libertaire : un éveil des consciences – P. de Plunkett

Pour beaucoup de catholiques, les mobilisations de 2013 ont été l’occasion d’une remise en question de notre modèle de société. Patrice de Plunkett, journaliste et blogueur propose son analyse des liens entre le libertaire et le libéral.

En 2013, les catholiques français ont fait une découverte. Ils ont constaté que le libertaire et le libéral sont liés. Le libéralisme des moeurs est lié au libéralisme économique.  Les multinationales soutiennent le mariage gay : « it’s good business », dit le président de Goldman Sachs – qui fait pression en ce sens  (avec Monsanto et autres géants) sur la Cour suprême des Etats-Unis. En France, le groupe Vinci (Notre-Dame des Landes) est au tableau d’honneur du lobby LGBT…

Ces convergences ne sont pas un hasard. La déferlante des « nouvelles moeurs » a pris corps dans les années 1990  avec la déferlante de l’ultralibéralisme, qui allait soumettre la vie sociale à plusieurs forces – dont celle du marketing de masse.  Et le marketing n’est pas neutre. Il vise à exploiter commercialement tous les ressorts psychologiques de l’individu : toutes les « pulsions », quelles qu’elles soient, sans exclusion et sans limite puisque la croissance économique doit  pouvoir tout commercialiser… La vie se voyant assigner pour seul but de faire fonctionner l’économie, et le seul critère « sérieux » de l’économie étant la satisfaction de tous les désirs, le libéralisme doit chasser de la société tout ce qui pourrait freiner les pulsions des consommateurs. Il doit abolir les repères stables, l’idée de « nature humaine », la notion de bien et de mal, les contextes culturels, la vision religieuse de l’existence… Si par exemple un anticatholicisme de masse est injecté dans la société (depuis ces mêmes années 1990), c’est que la mentalité catholique faisait partie des freins à éliminer. On observe la même chose envers les contenus de l’enseignement, les fondamentaux de la culture, etc.

Pour les libéraux, la logique du capital est souveraine absolue : elle est donc au-delà du bien et du mal, et les propriétaires des moyens de production sont seuls juges de ce qu’ils font de leurs capitaux. D’où la métamorphose du capitalisme industriel en capitalisme spéculatif et financier… Un capitalisme de casino, rendu possible – à partir des années 1990 – par la dérégulation ultralibérale. Ce casino engendre le chaos ? « There is no alternative », martelait feue Mme Thatcher.

Or l’Eglise catholique dit le contraire de Mme Thatcher.

Il y a une alternative !

Pour l’Eglise, le bien commun de l’humanité doit surplomber moralement, et canaliser politiquement, l’activité économique.

On doit protéger « les biens humains trop fragiles et précieux pour être livrés au marché » (Jean-Paul II). Il faut contester « le fétichisme de l’argent et la dictature de l’économie sans visage » (François). Le politique a vocation à « gouverner l’économique » (Benoît XVI)…

Ce message de l’Eglise est étranger depuis toujours au libéralisme. Aujourd’hui, un nombre croissant de catholiques le découvrent. Mais quelques-uns s’obstinent : ils font comme s’ils ne comprenaient pas, ou comme si le libéralisme réel – celui qu’on a sous les yeux – n’était pas le « vrai » libéralisme : ils décrivent un libéralisme idéal, imaginaire, censé rendre la dérégulation économique et financière compatible avec le bien commun… Libéralisme jamais réalisé, mais au nom duquel ils veulent nous empêcher de critiquer le libéralisme réel ; exactement comme les communistes de naguère invoquaient le « vrai socialisme » (toujours à venir) pour masquer les échecs du socialisme réel.

Le résultat du libéralisme réel, c’est ce que les papes dénoncent : « l’idole Argent », la concentration sauvage du capital entre les mains d’un nombre de gens toujours plus réduit, la paupérisation croissante du reste de la population. Ce que nous sommes en train de vivre…

Cessons de confondre duperie et espérance. Ouvrons les yeux. Lisons les encycliques sociales  – sans lunettes déformantes et en mesurant leur portée révolutionnaire. Répondons au pape qui sonne le tocsin ! C’est l’heure de contester radicalement le système, et de commencer à bâtir autour de nous une « écologie humaine » : avec toutes les bonnes volontés, d’où qu’elles viennent.

Plunkett

Patrice de Plunkett,

http://plunkett.hautetfort.com

5 réponses à “Face au libéral-libertaire : un éveil des consciences – P. de Plunkett”

  1. ThéophileR

    Tout à fait d’accord.
    Rien à ajouter sinon que je représente comme d’autres cette population que vous décrivez qui a compris via LMPT que le libéralisme était l’ennemi. Je valide donc tout à fait votre analyse qui emprunte beaucoup à Michéa, l’église en plus.

  2. PARRY Kalala

    c’est vraiment bon ! je préfère cela pour lutter contre la pauvreté.
    Le monde d’aujourd’hui appartient à ceux qui ont.

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