Dans le monde sans en être

Embryon : sur place ou à emporter ?

Récemment la page Facebook de la Conférence des évêques de France a publié une vidéo invitant à signer une pétition à l’échelle européenne, intitulée “L’un de nous“, pour demander l’arrêt des recherches scientifiques sur l’embryon. Une telle sollicitation appelant à l’action est suffisamment rare pour être remarquée. Il faut dire que la cause est de taille. Certains pays comme la France ont en effet voté, quasiment en douce (en plein milieu de l’été) la levée de l’interdiction sur ce type de recherche. Et c’est donc désormais au niveau de l’Europe que tout se joue pour interdire ces pratiques contraires à l’éthique.

Car malheureusement la recherche sur l’embryon jouit en France d’une désinformation qui frise le non-respect de la déontologie journalistique. Preuve en est ce reportage de France info, diffusé en mai dernier, et qui présente presque l’embryon comme un produit de consommation.

Avant toute recherche, il faut au préalable, je cite le journaliste, que “le papa et la maman n’en aient plus “besoin” (des embryons) pour concevoir d’autres bébés”. Bon alors pour moi ce sera une douzaine, et c’est à emporter. Comme si le bébé et l’embryon étaient dissociés : l’embryon étant une sorte de “matière première” à la conception d’un bébé. 1Petit rappel les non-initiés. Lorsqu’un couple stérile fait appel à la science pour une Procréation Médicalement Assistée, et que plusieurs ovules ont été fécondés, alors se pose le problème des embryons en rab’. Les embryons “surnuméraires” sont alors mis au congélo. Si les parents n’ont plus de projet parental l’embryon peut alors, sans son consentement, être livré à la science. Sauf que se pose une question éthique fondamentale : si jamais l’on considère, comme le font les chrétiens, que l’embryon est un être humain, peut-on s’en servir comme d’une simple matière première de recherche comme on le fait avec des souris ?

Bien évidemment, le reportage ne soulève pas les alternatives à cette recherche controversée. [Message de service : nous recommandons à nos lecteurs de respirer un grand coup afin de lire la prochaine phrase d’une seule traite] Bizarrement, le prix Nobel du japonais  Pr. Yamanka et ses recherches sur les cellules IPS (cellules souches pluripotentes qui ont été fabriquées en laboratoire, depuis des cellules humaines adultes) les cellules souches adultes, la « conversion directe » des cellules différentiées ne sont même pas évoqués.

La question qui me vient également est celle du caractère d’urgence de ces recherches. Je demande pardon à ceux que cela peut choquer. Elles ont pour but de soulager, de guérir voire d’éradiquer des maladies et l’on ne peut que louer une telle démarche. Il y a bien évidemment de nombreuses personnes qui souffrent et semblent être directement concernées par ces avancées scientifiques, mais cela ne crée-t-il pas de faux espoirs et l’argent ne devrait-il pas être réparti différemment ? Par exemple, dans le soin qui leur sont dispensés, dans le confort, la lutte contre la douleur, la possibilité peut-être de faire appel à la technologie etc. Et n’y a-t-il pas également de l’argent à investir dans des soins de base qui ne sont pas prodigués dans des pays sous-développés ? Le fait de pouvoir être décemment soigné partout dans le monde ne devrait-il pas être une priorité ?  Car c’est bien là que le bât blesse. Enormément d’argent a déjà été investi dans les techniques, les équipes, les installations, ce qui implique que cette recherche sur l’embryon doit se poursuivre. Au détriment des embryons, qui eux n’ont rien demandé, et dont si peu prennent la défense, si ce n’est le pape François, qui a demandé “une garantie juridique pour l’embryon” “pour protéger tout être humain depuis le premier instant de son existence” et a également appelé à signer cette pétition.

L’initiative citoyenne européenne semble déjà être un succès car 1 million de signatures ont été recueillies, pour aller jusqu’au 1,2 escomptés, il ne manque plus que votre voix pour les sans voix ! Alors si vous avez un peu de courage et votre carte d’identité sous la main, cliquez ici !

 

Sylvie

Pour aller plus loin :
L’embryon reste un problème éthique et politique
A lire : Benjamin Gailly, L’influence des religions sur le droit laïc – L’exemple du statut juridique de l’embryon“, Editions l’Harmattan

 

Article initialement publié sur www.lespiritueldabord.com

Version audio de cette chronique sur Radio Notre-Dame

Notes :   [ + ]

1. Petit rappel les non-initiés. Lorsqu’un couple stérile fait appel à la science pour une Procréation Médicalement Assistée, et que plusieurs ovules ont été fécondés, alors se pose le problème des embryons en rab’. Les embryons “surnuméraires” sont alors mis au congélo. Si les parents n’ont plus de projet parental l’embryon peut alors, sans son consentement, être livré à la science. Sauf que se pose une question éthique fondamentale : si jamais l’on considère, comme le font les chrétiens, que l’embryon est un être humain, peut-on s’en servir comme d’une simple matière première de recherche comme on le fait avec des souris ?

Laisser un commentaire

Les balises HTML usuelles sont autorisées. Votre email ne sera pas publié.

Abonnez vous aux fil des commentaires RSS