Dans le monde sans en être

Edito : Une Eglise inclassable

Boussole« Ma sensibilité n’est ni de droite, ni de gauche, elle est évangélique » disait Monseigneur Decourtray. L’ancien archevêque de Lyon résumait très bien le caractère inclassable de la doctrine de l’Eglise et, dans le domaine politique, de la doctrine social de l’Eglise. Des positions comme le mariage entre un homme et une femme, le respect de la vie de la conception à la mort naturelle, la protection des embryons, pourraient paraître comme étant de droite. En revanche, le discours de l’Eglise sur les migrants, les naufragés de Lampedusa, les Roms, la pauvreté, l’économie, peuvent paraître comme étant de gauche.

A faire perdre le nord d’un politologue ! Et pas seulement d’eux, tant il n’est pas forcément aisé d’être catholique dans la cité. Certes, chacun suit ses convictions en citoyen libre, et ce n’est pas sur ces Cahiers que vous verrez une position partisane… Mais cela ne nous empêche pas de parler des grands sujets qui concernent la cité : le politique, au masculin (pardon mesdames), c’est-à-dire la chose publique détachée des considérations « politiciennes », comme le rappelle Marcel Gauchet. « Le » politique est d’ailleurs une définition qui qualifie bien la doctrine sociale de l’Eglise. Même si celle-ci va beaucoup plus loin.

Un bon moyen de se repérer est d’étudier l’enseignement social de l’Eglise, mais aussi d’en discuter, d’en débattre. La bonne vieille « disputatio » a de beaux jours devant elle, tant elle est une méthode enrichissante et pertinente. Les Cahiers Libres se veulent un lieu de débat sur toutes sortes de sujets, y compris sur le politique. N’hésitez pas à venir participer, comme par exemple sur le thème du libéralisme par rapport aux questions de société. Patrice de Plunkett a écrit hier, ici-même, un intéressant article sur ce sujet et d’autres contributeurs vont suivre. Ce thème est difficile et pourtant essentiel car il est au coeur des problématiques de notre temps. L’approche proposée par l’enseignement social catholique est exigeante, forte et difficile à classer selon les catégories ordinaires.

La doctrine sociale de l’Eglise est forte car elle est d’essence évangélique. L’Evangile est exigeant. Il nous demande de renoncer à toute mondanité, à tout suivisme de l’esprit du monde… sans pour autant quitter ce monde. C’est le message et l’exemple que nous a donné le pape François à Assise. Compatir avec le monde, pleurer avec lui, sur lui. Mais refuser de succomber aux sirènes de la mondanité.

Etre dans le monde… sans en être.

Charles Vaugirard

4 réponses à “Edito : Une Eglise inclassable”

  1. Koz

    Un bon moyen de s’y retrouver dans les positions de l’Eglise, ni de droite ni de gauche, c’est de considérer l’option préférentielle pour les pauvres. Et l’on sait que, pour l’Eglise, les pauvres vont au-delà de la pauvreté financière.

    Ce sont alors les pauvres, les démunis, les sans-voix que sont le Rom, l’embryon, le migrant à Lampedusa, le SDF, le malade en fin de vie, la mère célibataire, l’enfant…

    La ligne directrice évangélique n’est pas le plus difficile à identifier.

    Ce serait même plus facile de le savoir que de savoir ce que c’est être de gauche ou être de droite.

  2. TheophileR

    Droite et Gauche sont des concepts moribonds, le. christianisme aurait du souci à se faire s’il était analysable sous cet angle.
    Je partage votre enthousiasme quant à la doctrine de l’église “there is no alternative” après tout.

  3. Basta

    Assez d’accord avec Koz, la ligne de l’Evangile est claire. En revanche elle n’est pas facile.

    Ce qui est moins clair, à mon humble avis, c’est comment la confronter face aux courants politiques/économiques que nous connaissons.

    Je pense, par exemple, que le débat lancé à partir du billet de Plunkett est central. Trop de mes amis catholiques ne veulent pas remettre en cause le libéralisme. On a parfois l’impression qu’ils pensent que l’Evangile, en économie (comme en politique), c’est pas ce qu’il y a de mieux. Et pourtant…

    Et pour compléter la remarque de Théophile, je dirais que nous ne devons pas analyser le christianisme selon une grille droite/gauche mais au contraire analyser droite et gauche à la lumière du christianisme.

  4. charlesvaugirard

    L’Eglise est inclassable politiquement et c’es très bien car elle n’a pas vocation à être un parti et surtout : cela permet aux chrétiens d’être partout. C’est ainsi que nous pouvons être sel de la terre.

    Je rejoins Koz sur l’option préférentielle pour les pauvres. C’est d’ailleurs cette option qui contribue à l’originalité de la définition chrétienne du bien commun. C’est ce qui fait que bien commun de la DSE n’est pas un intérêt général pouvant devenir écrasant voir totalitaire.

    Enfin, le débat lancé par le billet de Patrice de Plunkett est en effet important. Le libéralisme est à la mode chez pas mal de cathos. Or la DSE n’est pas libérale, ce qui ne l’empêche pas d’aimer la liberté. Cela vient sans doute de plusieurs facteurs : la méconnaissance de celle-ci en est un. Mais aussi, peut-être, une trop grand présence des grilles de lecture “du monde” pour les question écos et politiques. Finalement comment regardons nous l’économie, le politique ? Est-ce qu’on le regarde à la lumière d’idéologies, du clivage droite gauche… ou bien à la lumière de la DSE (qui échappe à tout ça comme je le dis dans l’édito) ?

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