Dans le monde sans en être

Chrétien et libéral ? erreur 404

Depuis deux semaines, un dialogue s’est ouvert sur nos Cahiers au sujet du libéralisme (ici et ici). Basta nous propose ici une contribution sur les tensions anthropologiques entre la pensée libérale et la pensée chrétienne. 

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Chrétien et libéral… erreur 404 – page not found. Aujourd’hui, je vais dire des gros mots mais quand un système bug, souvent ça énerve et les jurons fusent. Je vais donc me calmer en tentant d’analyser ce que j’estime être un bug dans la logique libérale face au chrétien que je suis. Un bug profondément ancré qui nous oblige nous, chrétiens vivant en système libéral, à poser des questions et, surtout, à nous poser des questions.

Pour parler de libéralisme et en décoder le contenu, il convient de définir ce qui le constitue. Sans remonter aux origines, je souhaite rappeler les grands principes qui font le libéralisme. Il est avant tout une philosophie dont la fin est l’individu. Il a pour fondement historique l’individualisme social. John Locke (1632-1704) nous dit que le principe de la liberté repose sur la notion d’individu, part irréductible qui est à la fois la fin et la mesure de toute chose. Dans ce système de pensée, l’individu est fonction de ce qui lui appartient. La relation à l’autre ne se fait que par le biais de l’échange de tout ce qu’il possède (biens matériels mais aussi capacités intellectuelles etc.). Ainsi, le libéralisme politique aura pour seule et unique mission de préserver l’individu en garantissant ses libertés.

Or le logiciel chrétien est régi par une seule et unique loi qui donne sens à toutes les autres. Celle de l’amour. L’autre devient celui à qui je me donne et je ne peux m’accomplir qu’en me donnant à lui. Dans ce mouvement gratuit où chaque personne se réalise pleinement dans le décentrement de sa propre personne. La finalité du chrétien n’est pas l’individu mais l’Autre. La liberté ne réside donc pas dans l’individu, elle lui est extérieure en même temps qu’intérieure. Pour le chrétien, celui qui délivre c’est le Christ qui nous arrache au péché. Car c’est dans le péché que résident nos liens. Ainsi on comprend ici que la notion de liberté, en même temps que la finalité du chrétien, sont tout autre que celles du libéral. C’est d’ailleurs pour cela que le philosophe chrétien parlera de « personne » et jamais « d’individu » 1n.d.r : cette distinction est traditionnelle en philosophie. Elle a notamment été systématisée par le “personnalisme” d’Emmanuel Mounier. Étymologiquement : individu renvoie à ce qui est indivis, l’homme est alors pris comme un tout clos sur lui-même et indépendant des autres ; le terme de personne lui a été transformé de l’intérieur par la théologie chrétienne, en théologie trinitaire, en effet, la personne se définit par sa dimension relationnelle – Dieu le Père se définit en tant qu’il engendre le Fils, etc. – le terme de personne indique donc la dimension intrinsèquement personnelle de l’homme. . Cette différence fondamentale n’est pas anodine et rejoint totalement la déclinaison que nous connaissons aujourd’hui dans le libéralisme économique à travers sa fonction qu’est le capitalisme.

On voit alors poindre une incompatibilité entre anthropologie chrétienne et anthropologie libérale. On le ressent aujourd’hui plus que jamais, le système libéral devenant celui qui s’impose dans le monde occidental, il n’est pas étonnant que nombre d’opposants à certains choix de société soient catholiques. Je pense qu’on en verra de plus en plus se lever face à certaines logiques économiques qui viennent déconstruire l’Homme tout aussi fortement, voir plus encore. Je rejoins ainsi les propos de nos papes qui ont tous dénoncé les dangers du libéralisme. François accuse même la mécanique libérale d’être cause de la montée du chômage « en raison d’une conception par trop économiste de la société, fondée sur des critères égoïstes, trop éloignés de la justice sociale » (Pape François, Catéchèse du mercredi 1/05/2013 à Rome).

A nous donc, chrétiens, d’être cet antivirus, d’œuvrer chaque jour en convertissant nos actes. Car, oui, fils de notre époque, nous sommes tous libéraux sans le savoir. Il nous appartient donc de transformer le libéral que nous sommes. Rendons l’Homme à sa dignité, ne le réduisons pas à ses libertés mais témoignons, luttons, levons-nous en insufflant la parole rénovatrice de l’Évangile.

Basta.

Notes :   [ + ]

1. n.d.r : cette distinction est traditionnelle en philosophie. Elle a notamment été systématisée par le “personnalisme” d’Emmanuel Mounier. Étymologiquement : individu renvoie à ce qui est indivis, l’homme est alors pris comme un tout clos sur lui-même et indépendant des autres ; le terme de personne lui a été transformé de l’intérieur par la théologie chrétienne, en théologie trinitaire, en effet, la personne se définit par sa dimension relationnelle – Dieu le Père se définit en tant qu’il engendre le Fils, etc. – le terme de personne indique donc la dimension intrinsèquement personnelle de l’homme.

14 réponses à “Chrétien et libéral ? erreur 404”

  1. Dominique

    Je n’ai pas envie d’écrire un commentaire pour débattre, parce que, je regrette que la manière dont sont tournés certains articles de ce blog ne poussent pas au débat, que du coup, au lieu de pousser à la réflexion, poussent davantage à camper bêtement sur ses positions. Je souhaite, tout de même, faire part de quelques éléments qui me sont venus à l’esprit en lisant l’article.

    Je partage complètement l’idée que toute philosophie ayant pour finalité l’individu n’est pas compatible avec notre foi catholique. J’adhère par ailleurs à 200% à l’idée que nous, chrétiens, avons à convertir nos actes pour davantage nous tourner vers les autres.

    Par contre, en tant que catholique, par ailleurs assez assidu à suivre l’actualité, je ne partage pas l’idée qu’il existe une opposition si claire entre la foi et le libéralisme. Enfin… ça dépend de quoi on parle. Si on regarde les tags de cet article, le premier est “économie”. Je suppose que le sujet abordé ici, est le libéralisme économique.
    Ayant un peu oublié mes cours d’économie, je me suis replongé dans la lecture de Richesse des Nations, d’Adam Smith, ce cher précurseur de ce qu’on appelle le libéralisme économique. Ce qui marque, en lisant cet article, c’est qu’Adam Smith :
    – fait son travail d’économiste, et décrit une théorie qui vise à accroître la richesse mondiale, et permettre à minima de satisfaire les besoins primaires de chaque être humain ;
    – est conscient de certaines limites de sa théorie de la main invisible, comme notamment le fait qu’elle permettra de rendre le marché “plus efficient”, ce qui ne veut pas dire “plus équitable”. D’ailleurs, Adam Smith critique lui-même les comportements excessifs, qui sont nuisibles au bien-être collectif.
    Quant à la réponse à la question “est-ce que la théorie d’Adam Smith est bien ou pas bien ?”, je laisse le soin aux experts de débattre du sujet. Le prix nobel d’économie, récemment décerné à trois américains, récompense les travaux de professeurs ayant de visions très différentes de l’économie. En particulier, un des trois est très pro-libéralisme économique, et un autre soutient davantage une reprise dîte keynésienne. Les deux ont tenté de démontrer scientifiquement leurs points de vues, à partir de données historiques, et visiblement, il est difficile d’avoir un avis blanc ou noir sur le sujet.

    Pour en revenir à l’article initial, après l’avoir lu, j’ai tout de même voulu creuser, la position de l’église sur le sujet. Et, les recherches montrent que les médias ont quand même des discours davantage nuancés sur le sujet. Ils parlent d’un pape François qui critique :
    – “le libéralisme forcéné” (source : l’Expansion, le 16/05/2013)
    – “le libéralisme sauvage” (source : Mediapart, le 20/10/2013).
    Après, il y a une tonne d’article qui parlent de François, comme étant un “pape libéral”. Si ces derniers s’éloignent de ce débat, ils montrent juste que derrière le mot “libéral”, on peut mettre un peu tout et n’importe quoi.

  2. Paul

    Je trouve que l’article omet complètement de définir ce qu’il met ou non derrière le terme de libéralisme. Celui semble être un simple individualisme utilitariste.

    Pour moi, une bonne base de discussion autour du libéralisme est cet article datant de 1954 (Daniel Villey, L’économie de marché face à la pensée catholique) :
    http://www.institutcoppet.org/2011/10/27/leconomie-politique-daniel-villey/

    Un certain libéralisme réclame, comme l’Église d’ailleurs, une subsidiarité vraie qui laisse à la personne son autonomie, sa responsabilité. Qui refuse de troquer la charité (nécessairement personnelle) pour un “système solidaire” (aucun système n’a jamais aimé son prochain). Qui encourage la personne à développer ses talents.

    Enfin, je m’étonne toujours qu’on crie au spectre du libéralisme dans une société des plus centralisées / administrées qu’est la nôtre. Même le libéralisme moral des socialistes est poussé par une machine d’État qui laisse au final bien peu de liberté.

  3. Nils

    Oui, les libéraux considèrent (c’est d’ailleurs un des rares points faisant chez eux l’unanimité) que l’individu est une fin en soi… en ce sens que le législateur ne peut y voir un simple moyen en vue d’une fin. Notez bien la nuance : ce qui est une fin en soi du point de vue des lois ne l’est pas au plan éthique. En d’autres termes, là où les contraintes légales s’arrêtent, les contraintes morales continuent.

    Cela peut paraître angélique à certains, je le comprends. Faut-il en déduire que tout ce que fait le bon chrétien, il le fait par crainte d’être puni ici-bas ? J’ose espérer que vous appelez de vos voeux la conversation intégrale des principes moraux de l’Église (TOUS, sans exception) en textes de lois. Dans le cas contraire, je verrais dans la persistance de votre attachement à la liberté individuelle une défense de l’égoïsme et une rébellion contre Dieu. Voyez comme c’est agréable. Ne vous en faites pas, on s’y fait. Bienvenue au club.

    Vous trouverez toujours plus “chrétien” que vous pour vous dire que vous employez mal votre liberté. Il faudra alors avoir de sacrés arguments pour vous défendre, et vous ne vous tirerez pas d’affaire en opposant le vrai esprit de l’Évangile (le vôtre, évidemment) à celui des intégristes sourcilleux, intolérants, rigides, pharisiens. Enfin c’est vous qui voyez.

  4. Benoit

    Merci Dominique et Paul pour vos commentaires. Le débat sur le libéralisme est un débat passionné, le style des papiers publiés sur ces Cahiers le montre, il est vif (autant sous la plume de Plunkett que de Fol ou ici Basta).

    Ce papier de Basta a cependant selon moi un intérêt, au delà de la question économique (quel est le meilleurs système, doit-on en changer, …) il va en amont et pose la question anthropologique (quelle vision de l’homme), ce que relève très justement Dominique au début de son commentaire.

    C’est au niveau anthropologique, il me semble que l’on peut questionner la “compatibilité” avec l’Évangile.

    Il est un fait d’histoire des idées que le libéralisme pointe son nez en philosophie politique (on dépasse donc ici le champ purement économique) à partir du XVIIe siècle notamment via Hobbes, puis surtout Locke. Il naît d’une redéfinition des notions d’homme et de liberté.

    -> Pour l’homme, il est réduit à l’individu : la présence d’autres hommes est vue comme un obstacle à épanouissement individuel (en bref : “l’homme est un loup pour l’homme” chez Hobbes).
    -> Pour la liberté, elle devient autonome vis-à-vis de la justice. La vision classique (antique, patristique et médiévale) de la liberté était une “liberté pour quelque chose”, en l’occurrence le bien, cad la justice entre les personnes. La liberté incluait donc l’homme dans un jeu de relation avec les autres. Or avec Hobbes la liberté devient licence d’utiliser son “pouvoir propre” comme on le veut (cf. chapitre XIV du Léviathan).

    Cette double redéfinition est la matrice de l’individualisme moderne. Il me semble qu’elle n’est pas sans lien avec le libéralisme. Le libéralisme naissant à la même époque comme tentative de concilier les intérêts “individuels” avec l’exigence de vivre en société. (le libéralisme économique serait donc la transposition d’une pensée d’abord politique).
    On passe dans la pensée du XVII de la question politique (et économique) “comment construire la société ensemble?” avec l’idée que cet “ensemble” est le point de départ à la question “comment vivre malgré la présence des autres ?”, avec l’idée que le “ensemble” est le point d’arriver.
    On passe d’une vision de l’homme comme “animal politique” (Aristote) à l’homme comme intrinsèquement individuel (loup pour l’homme, Hobbes).

    => petit exemple : dans les droits de l’homme de 1789: la liberté est dite s’arrêter là où commence celle d’autrui. Autrui est donc un obstacle à ma liberté, en effet la liberté est comprise comme libre exercice de mon “pouvoir propre”. Dans la vision classique de la liberté, autrui ne pouvait en aucun cas être considéré comme un obstacle, il en était bien au contraire la finalité.

    Bref, par ce détour par l’histoire des idées, je voulais suggérer que la question n’est pas d’abord “quel système économique serait le meilleur pour aujourd’hui ?” mais “sur quelle vision de l’homme le fonder ?”.

    Enfin, que le libéralisme soit né de cette double redéfinition n’en fait en rien un système à éliminer d’office. Notre société est enracinée dans cette anthropologie individualiste, il serait illusoire de vouloir la changer d’un coup. Le système est surement plus à transformer de l’intérieur qu’à détruire par anathèmisation.
    Le libéralisme est peut-être malléable et adaptable (c’est même surement le cas, car, comme le dit Paul, on est loin d’être dans une situation de pur libéralisme)
    Il ne faut cependant pas être aveugle, il y a des dynamiques économiques puissantes qui sont engagées et qui semblent échapper à la maîtrise de l’homme, risquant ainsi de faire de l’argent une fin et non plus un moyen. (mais sur les questions proprement économiques je ne suis pas compétent, je m’en remet volontiers au jugement de Dominique).

  5. Alain stehly

    Rien dans cet article ne définit le libéralisme, ou même la liberté.
    Je veux bien que libéralisme est catholicisme soient opposés, c’est aussi la thèse de mon abbé, bien que la mienne soit tout autre. Le catholicisme ne peut prospérer que dans une société libérale, dans lequel chaque individu, une personne, est doté de cette liberté de se soucier de son prochain, une autre personne.
    La liberté est l’absence de toute contrainte, quand dans le libéralisme elles sont étatiques, dans le catjolicisme ce sont les passions, nos actes qui nous éloignent du seigneur.
    Ce débat et cette réflexion ne sauraient être résumée en quelques lignes comme cela.

  6. Benoit

    Pour rebondir sur le commentaire de Nils (qui n’était pas encore en ligne quand je tapais mon commentaire précédent) et pour compliquer un peu le débat :

    Notons que l’émergence et la promotion de la notion d’individu est une conséquence directe de l’Évangile.

    Dans la pensée occidentale antique (je pense principalement à la pensée platonicienne, car Aristote est un cas à part) la notion d’individu est absente et ce autant au niveau anthropologique que cosmologique ou politique. Il y a chez les grecs un très net primat du TOUT (pan), ce dernier écrase l’individuel.

    Par exemple: le platonisme (et néoplatonisme plotinnien encore plus) ignore radicalement l’idée d’âme individuelle. L’âme est “âme du monde” ou de la divinité et est partagée par l’ensemble des hommes. donc se connaître soi même c’est découvrir en soi l’âme du TOUT, l’individu n’a pas de consistance propre (on trouve la même idée dans le bouddhisme, surement due à une origine commune de ces pensées). Bref si l’anthropologie platonicienne honore la dimension relationnelle, elle oublie radicalement la singularité et l’individualité de chacun. La conséquence politique est le rêve du “philosophe roi” cad d’un chef capable de décider pour tous. Bref, un penchant totalitaire. (Claude Tresmontant a très bien montré l’accointance entre les philosophies païennes (cad grecques) et le totalitarisme)

    Le christianisme, par son insistance sur l’intériorité (“on voit à dit … mois je vous dit …” en Mt 5) permet l’émergence de l’individualité. Aller au fond de soi n’est plus s’anéantir dans le tout, mais découvrir sa singularité irréductible.
    Le christianisme est donc une promotion de l’individu comme singularité, le primat de l’individu sur le tout.

    Donc, avec Nils, je rejette volontiers toutes hypothèses de suppression des libertés au nom du TOUT (totalitarisme), même si un tyran était très éclairé et savait mieux que moi ce que je devais faire, m’y soumettre serait renier mon individualité, ma dignité.

    Cependant là où le christianisme est complexe c’est qu’il ne présente pas cette individualité comme étant mon privilège exclusif, mais bien celui de tous. C’est là que l’on peut passer de la notion d’individu (notion a-social) à la notion de personne (notion relationnelle). La personne est singulière et individuelle mais elle reconnaît que l’autre est lui aussi singulier. La promotion de l’individu par le christianisme n’est donc pas la promotion de l’intérêt individuel, mais la promotion de la relation entre des individus ayant chacun la dignité de leur singularité.

    bref c’est bien complexe !
    Il s’agit d’équilibrer (équilibre surement impossible, mais notre honneur sera d’y travailler tout de même) plus que d’opposer, car je pense que les plus anti-libéraux parmi nous refuseraient la suppression des libertés individuelles au profit du bien commun et les plus libéraux refuseraient le dérèglement moral de la société au profit de la liberté individuelle.

    PS: (en lien avec mon commentaire précédent) pour une réflexion de philosophie juridique et politique sur la notion d’individu :
    You Must Read : Michel VILLEY, La formation de la pensée juridique moderne, PUF, Quadrige-Manuel
    en particulier le chapitre final sur Hobbes.

  7. Vieil imbécile

    Je crois qu’on est beaucoup à reconnaître que le libéralisme comporte un vers dans le fruit, en poussant la notion chrétienne de singularité jusqu’à l’individualité, et en maslowtisant l’homme.
    Mais… quand un fruit comporte un vers, que fait-on ? soit on jette le fruit, soit on en expulse l’asticot (on peut aussi le cantonner…). Jeter le fruit-libéralisme suppose d’avoir à portée de main un fruit meilleur et sain. Jusqu’ici, il me semble qu’on a un peu de mal à le trouver…
    Il me semble que les discussions ici devraient plus porter sur les moyens d’extraire le vers, ou bien sur les moyens de le rendre inoffensif, ou bien de la recherche du nouveau fruit. Nous avons avec la DSE les critères d’extraction ou de recherche, travaillons-z-y plutôt que de passer le temps à ausculter l’asticot, et à débattre de son sexe…
    Il y a une nécessaire tension entre le bien individuel, et le bien commun. Je crains que nos systèmes purement humains pécheront toujours de l’un ou l’autre côté. Même un moyen-terme ou un juste milieu ne seront pas satisfaisants puisqu’en réalité il faut TOUT le bien individuel et TOUT le bien commun. Il me semble qu’il plus à notre portée d’agir d’abord sur nous-mêmes (en nous guérissant de notre libéralisme et de notre « communisme » intérieurs…) et puis faire bouger hommes et structures dans le bon sens.
    @Benoît : « équilibrer plus que d’opposer » ? oui, j’aime bien l’idée, mais je me méfie de l’équilibre – moyen-terme. Je préférerais « embrasser »… Tout embrasser est encore plus impossible qu’équilibrer, mais tellement plus emballant…

  8. Benoit

    Merci Viel Imbecile, j’apprécie beaucoup ton commentaire.
    pour ce qui est de l’équilibre, je précise qu’il est impossible; en effet, rappelons nous que nous sommes pas encore dans le Royaume et qu’ici bas la vie relève plus de la “tension” que de “l’équilibre paisible”.

  9. Basta

    Merci à tous pour vos commentaires fournis et argumentés, ça fait plaisir 😉

    Je ne vais pas revenir sur certaines objections auxquelles @Benoit a mieux répondues que moi (ce qui me fait penser d’ailleurs que c’est lui qui aurait dû l’écrire ce billet, il aurait été meilleur 😉 )
    Je voudrais cependant donner quelques petites indications complémentaires.

    @Dominique : sur la forme des articles, nous donnons notre avis personnel. Parfois tranché, trop peut-être (et c’est l’avantage des commentaires qui permettent nuances et remises en cause) cependant, sur ce sujet, il me semble que nous donnons la parole aux 2 parties. Donner un avis clair ne veut pas dire rejeter l’autre, au contraire, cela permet de mieux se comprendre. D’autant qu’on s’aime bien ici, @FolBavard et moi-même avons des avis divergents sur la question, ce n’est pas pour autant que je n’estime pas son avis et qu’il ne nourrit pas ma réflexion.

    A tous,
    dans ce billet, je ne souhaite pas dénoncer le libéralisme comme un mal absolu, ce serait faire fausse route et ce n’est pas mon point de vue.
    En revanche, je souhaite relever un point qui me semble fondamental pour le chrétien que je suis et qui figure dans la réflexion libérale.
    La notion d’individu est la pierre angulaire du libéralisme. Quelle que soit l’école dont on parle, à la source de la réflexion libérale il y a l’individu comme fin.
    Cette notion me semble en contradiction avec l’anthropologie chrétienne et j’ai souhaité la mettre en avant car elle n’est pas sans conséquences dans l’incarnation de la pensée libérale (comprenez libéralisme économique etc.).
    Ainsi, j’essaie d’éclaircir les points qui me détachent de cette idéologie. Comme le dit le Pape François “Nous ne devons pas être disciples d’une idéologie mais du Christ”.

    Le débat est ouvert sur les Cahiers Libres et ne doit pas en rester au simple constat mais pousser la réflexion vers des éléments concrets qui nous proposent des pistes d’action. Ces billets viendront, soyons patients. La réflexion sur les idées n’est pas non plus à écarter, elle est bonne car elle aide à trouver le sens des choses.

  10. François

    Un grand merci à Paul pour la référence au texte de Daniel Villey. Mém si il est écrit dans un contexte pré-conciliaire et d’opposition entre deux blocs (1953), il n’a pas pris une ride. C”est lumineux! À lire absolument avant de réduire le libéralisme à un individualisme.

  11. Basta

    Je tiens à préciser que je ne réduis pas le libéralisme à un individualisme. En revanche, je mets en avant ce point car il est le fondement de la réflexion libérale et que de ce fondement s’articule les thèses libérales.

  12. Vieil imbécile

    pare pure honnêteté intellectuelle 🙂 je vais citer un massacre à la tronçonneuse du libéralisme de la part d’Hannah Arendt, en pur hors sujet d’ailleurs puisque la conversation portait initialement sur le mensonge en politique…
    ARENDT : Vous dites que la fin (Zweck) doit valoir le coup. Bon… on dit communément qu’il existe quelque chose comme l’intérêt général (Gemeinwohl) envers lequel l’homme politique a une obligation. Si j’ai bien compris Monsieur Haffner, cet intérêt général est réalisé de manière optimale lorsque chacun poursuit de la manière la plus résolue et la plus brutale possible son intérêt particulier (privates Wohl).
    HAFFNER : Je n’ai pas dit ça.
    VOGEL : Mais il a peut-être dit : poursuit un avantage (Vorteil).
    ARENDT : Bon, supposons l’avantage. C’est la théorie d’Adam Smith, qui dit qu’une « main invisible » dirige l’ensemble de façon que, si chacun défend son intérêt particulier, tous ces intérêts particuliers s’additionneront et donneront l’intérêt général. Je considère cette théorie comme l’une des théories les plus nuisibles, les plus malfaisantes et aussi les plus erronées qui soient. Il y a une chose qu’un homme politique doit savoir : lorsqu’il s’est consacré à l’intérêt général, il a, ce faisant, promis à tous ceux qui l’ont élu qu’il ferait passer ses intérêts particuliers et privés au second plan. Cela signifie que les intérêts particuliers ne s’additionnent jamais pour donner l’intérêt général — entre autres à cause de la vie humaine.

  13. Basta

    Merci Vieil Imbécile (l’avantage de ce pseudo c’est qu’il rend la conversation toujours plus légère donc agréable 😉 )
    Hannah Arendt aborde ici un autre aspect que je souhaitais développer dans un prochain billet, vous m’avez devancé !

  14. Comité Cicéron

    Attention le libéralisme ne doit pas chercher à expliquer les convictions chrétiennes. Ce serait prétendre à un universalisme de mauvais aloi.

    Selon nous les libéraux doivent accepter la doctrine chrétienne pour pouvoir réellement changer le monde. S’ils rejettent cette doctrine, ils s’exposent aux révolutions qui frappent le plus souvent les grands pays libéraux.

    N’oublions pas que la Russie était le fleuron du libéralisme économique avant la Révolution de 1917, et que la France était aussi un pays libéral en 1981.

    C’est l’erreur permanente des libéraux: ne pas prendre en compte les souffrances qui, même dans l’économie qui fonctionne le mieux, peut jeter les gens dans les bras du socialisme.

    Les libéraux ne disent rien sur beaucoup de choses: le mariage, l’amour, l’amitié ne sont pas des concepts libéraux. Ils sont pourtant indispensables à notre société.

    La force du libéralisme, c’est selon nous justement de ne pas prétendre tout régir. C’est en fin de compte son humilité, par opposition aux idéologies interventionnistes qui divinisent l’Etat.

    Mais il peut parfois oublier cette humilité, et déifier l’homme (cf. les Etats-Unis par bien des aspects). Et pour se prémunir contre cette tentation bien réelle, il doit accepter de s’appuyer sur le christianisme.

    Non dans ses raisonnements économiques, mais pour donner un sens à l’économie, un sens accessible à tous, même ceux qui ne la comprennent pas ou qui en subissent les difficultés inévitables.

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